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Nord-Kivu : Alphamin Bisie Mining accusée de spoliation foncière par le clan BASSA

Nord-Kivu : Alphamin Bisie Mining accusée de spoliation foncière par le clan BASSA

Depuis près de neuf ans, un conflit silencieux mais lourd de conséquences oppose la communauté autochtone BASSA à la société Alphamin Bisie Mining, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Entre spoliation, usurpation foncière et complicité d’autorités locales, les accusations portées dressent le portrait d’un système mafieux bien huilé.

Selon Mwami Tabu Kilima Doris, liquidateur et représentant légal du clan BASSA, tout a commencé en 2016 lorsque la société Alphamine s’est installée sur une concession minière située sur les terres coutumières du clan. En échange de l’exploitation, les BASSA n’auraient reçu qu’une vache et 500 dollars. « Voilà près de neuf ans que nous sommes spoliés sans autre forme de procès. Une société internationale qui se prétend responsable, mais qui piétine nos droits les plus élémentaires », s’indigne-t-il.

La situation s’est aggravée, selon le Mwami, lorsque la société a volontairement contourné les représentants légitimes du clan pour s’associer à un groupe de personnes sans légitimité ni reconnaissance judiciaire : les BANGANDULA. « C’est une stratégie bien pensée : diviser pour régner. Ils organisent des réunions avec ces usurpateurs, en toute clandestinité, pour élaborer des cahiers de charges communautaires, sans jamais consulter les vrais propriétaires », dénonce-t-il.

Le clan BASSA accuse également des autorités locales de complicité. « Nous faisons face à une corruption massive. Les chefs locaux ferment les yeux, certains reçoivent des avantages personnels, pendant que notre peuple vit dans la misère sur une terre qui regorge de richesses », affirme le liquidateur.

Malgré plusieurs correspondances envoyées à l’entreprise et aux institutions du pays depuis décembre 2024, le clan BASSA n’a jamais obtenu de réponse favorable. Toutes les tentatives de dialogue ont été rejetées, laissant place à ce que les membres de la communauté qualifient de « mascarade orchestrée dans l’ombre ».

Un élément d’autant plus troublant est que la justice congolaise reconnaît pourtant le droit foncier du clan BASSA sur la concession litigieuse. « Ce que nous vivons est une insulte à l’État de droit. La société Alphamin défie les décisions judiciaires, comme si la loi ne s’appliquait pas aux puissants », déclare un avocat du collectif de défense du clan.

Face à ce qu’il qualifie « d’oppression systémique », le clan BASSA promet de ne pas se taire. Il exige la convocation urgente d’assises de concertation, la reconnaissance pleine et entière de ses droits fonciers, ainsi que l’arrêt immédiat de toute exploitation minière jusqu’à nouvel ordre.

« Nous ne demandons pas la guerre, mais la justice. Et si l’on continue de nous ignorer, nous irons devant les instances internationales. Trop, c’est trop », prévient Mwami Tabu Kilima Doris.

Ce scandale soulève une fois de plus la question de la gouvernance minière en République démocratique du Congo. Dans un pays où l’exploitation des ressources naturelles est censée financer le développement, des cas comme celui de Walikale rappellent l’urgence d’un cadre légal respecté et d’une véritable inclusion des communautés locales.

« Quand la raison est refusée aux pauvres autochtones, toutes les voies non violentes seront utilisées pour faire entendre notre voix », conclut le Mwami, d’un ton ferme.

Rédaction

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