Nord-Kivu : Les pêcheurs rançonnés sur le lac Édouard
Les rives du lac Édouard sont à nouveau le théâtre d’un bras de fer silencieux entre pêcheurs congolais et autorités ougandaises. Depuis janvier, 261 moteurs hors-bord, 37 pirogues et une quantité importante d’intrants de pêche ont été confisqués à des Congolais par la marine ougandaise, selon le comité des pêcheurs individuels de Kyavinyonge.
Pour Mbusa Katsali Kalumbi, président de ce comité, la situation est devenue intenable. « Nos pêcheurs sont arrêtés sans ménagement, leurs équipements saisis, et ne sont relâchés qu’après avoir payé des amendes exorbitantes. Cette pratique dure depuis plus de dix ans, sans réponse ferme de Kinshasa », s’est-il indigné.
En toile de fond, un litige persistant sur les limites fluviales non matérialisées entre la RDC et l’Ouganda. Ce flou juridique rend difficile toute vérification sur la localisation exacte des arrestations. À Kyavinyonge, beaucoup parlent d’un système de répression systématique déguisé en mécanisme de régulation, qui pèserait lourdement sur l’économie locale.
Les pertes se chiffrent en dizaines de milliers de dollars pour une population déjà marquée par l’insécurité chronique dans la région. « Nous vivons du lac. Quand on nous prive de nos outils de travail, c’est la faim qu’on nous impose », confie un pêcheur affecté par cette situation.
Du côté des autorités congolaises, aucune déclaration officielle récente n’a été émise, alors que les négociations pour une gestion partagée du lac Édouard tardent à produire des résultats concrets. Sollicitées, les autorités ougandaises n’ont pas encore réagi aux accusations portées par les pêcheurs congolais.
Sur les rives de Kyavinyonge, l’inquiétude se mue en frustration. Les pêcheurs, abandonnés entre deux États, appellent à une intervention urgente du gouvernement congolais pour poser un cadre clair à cette activité vitale. En attendant, le lac Édouard, jadis source de subsistance, devient symbole d’un conflit larvé et d’un dialogue diplomatique en panne.
Rédaction