RDC – Ouganda : à Entebbe, Museveni reçoit la CRP et appelle à la reprise des discussions de paix dans deux semaines
Le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni a rencontré, le 9 octobre 2026 à Entebbe, les représentants de la Convention pour la révolution populaire (CRP), ainsi que plusieurs responsables militaires congolais. Au centre des échanges, la dégradation de la situation sécuritaire en Ituri, le sort des déplacés et la relance du processus de paix dans l’est de la République démocratique du Congo.
La rencontre s’est tenue au State House d’Entebbe, sous la présidence de Yoweri Kaguta Museveni. La délégation congolaise comprenait notamment le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba, le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Somo Kakule Evariste, ainsi que le lieutenant-général Jacques Ychaligonza Nduru, chef d’état-major général adjoint des Forces armées de la RDC (FARDC). Max Nissan Amade, conseiller du chef de l’État congolais, était également présent. La CRP était représentée par son président, Thomas Lubanga Dyilo.
Museveni plaide pour une solution politique
À l’ouverture des échanges, le président ougandais s’est réjoui de voir les différentes parties congolaises réunies autour d’une même table. Évoquant l’histoire politique et sécuritaire de la région des Grands Lacs, il a insisté sur la nécessité de privilégier la voie politique pour construire une paix durable, favorable au développement économique et social des populations.
Abordant la situation en Ituri, Yoweri Museveni a également salué la nomination du nouveau gouverneur militaire de cette province, estimant qu’une amélioration de la gouvernance et de la situation sécuritaire était possible.
Prenant la parole, Thomas Lubanga Dyilo a toutefois dressé un tableau préoccupant de la situation sur le terrain. Selon le compte rendu publié par la CRP, son président a affirmé que les changements intervenus depuis la rencontre avec le régime de Kinshasa, en avril dernier, n’avaient pas produit d’amélioration significative.
La CRP dénonce les violences et la situation des déplacés
Le président de la CRP a notamment dénoncé ce qu’il qualifie d’alliance entre les FARDC, la milice CODECO et d’autres groupes armés. Il a évoqué des attaques visant plusieurs localités, notamment Jina, Maze, le site de Rhoo, Blukwa et Kparnganza, qui auraient entraîné la mort de plus de 16 civils ainsi que le pillage de centaines de têtes de bétail.
Le document fait également état d’une nouvelle attaque meurtrière à Maze, au cours de laquelle 31 civils auraient été tués. Ces chiffres et accusations figurent dans le compte rendu de la CRP et n’ont pas été corroborés par une source indépendante dans le document présenté.
La situation des personnes déplacées a également occupé une place importante dans les discussions. Thomas Lubanga a dénoncé des incursions attribuées aux FARDC sur des sites d’accueil, notamment celui de Kigonze, évoquant des morts, des blessés, des pillages, des violences sexuelles et la destruction d’abris. Il a jugé inacceptable que des personnes ayant fui les violences soient exposées à de nouvelles souffrances dans leurs lieux de refuge.
Des versions opposées sur les incidents sécuritaires
En réaction, le gouverneur militaire de l’Ituri a présenté un bilan de ses activités depuis son arrivée à Bunia, le 14 juin 2026. Il a notamment évoqué ses contacts avec les 21 communautés de la province, les efforts de réduction des tensions et le cessez-le-feu unilatéral annoncé par la CRP.
Le général-major Gaby Kasongo Mulumba a toutefois accusé la CRP d’être impliquée dans plusieurs incidents ayant coûté la vie à 14 militaires des FARDC. Il a également avancé que des éléments de la CRP, en retrait de leurs positions, auraient attaqué celles de la CODECO, entraînant des affrontements jusque dans la zone du site de déplacés de Rhoo.
La CRP a rejeté ces accusations, tout en maintenant ses dénonciations concernant les opérations militaires et les violences contre les civils.
Au terme de la rencontre, Yoweri Museveni a reconnu la dégradation de la situation sécuritaire et la nécessité de relancer les efforts de paix, interrompus notamment en raison de l’épidémie d’Ebola, selon le compte rendu.
Le président ougandais a proposé une nouvelle rencontre consacrée aux discussions et aux échanges techniques dans un délai de deux semaines. Il a invité les deux parties à préparer leurs éléments respectifs sur le terrain et à éviter autant que possible les confrontations armées.