Beni : 12 ans de massacres dans l’oubli, la population réclame justice et unité
Douze ans jour pour jour après les premiers massacres à grande échelle, la région de Beni, située dans la province du Nord-Kivu, panse toujours des plaies béantes. Le 2 octobre 2014, l’agglomération de Mukoko basculait dans l’horreur, marquant le début de l’activisme sanglant des terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF).
Depuis cette date tragique, les atrocités n’ont jamais cessé : plus de 15 000 civils ont perdu la vie dans la région. Malgré le lancement de multiples opérations militaires successives, le sang continue de couler à flots. Au-delà des tueries de masse, les populations locales subissent au quotidien un calvaire sans nom, marqué par des enlèvements systématiques, des incendies de villages et des déplacements massifs de familles fuyant l’insécurité.
Face à ce drame humanitaire, la population locale ne cesse de réclamer une action concrète pour la restauration de l’autorité de l’État.
Une réalité douloureuse s’impose aujourd’hui, cette tragédie semble reléguée au second plan de l’attention nationale et gouvernementale, l’actualité étant largement polarisée par la crise liée à l’agression de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23), soutenue par le Rwanda.
Devant cette apparente indifférence, Christian Basikania, un leader communautaire de la région, a vigoureusement interpellé la nation congolaise. Pour lui, le devoir de mémoire envers les victimes et l’instauration d’un système judiciaire fort sont les seules voies vers une issue favorable.
« Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de paix sans réparation. Pour que la paix et la cohésion sociale reviennent, le droit s’avère indispensable », a-t-il martelé.
La persistance de ces violences pendant plus d’une décennie constitue un fardeau psychologique et social écrasant pour la jeunesse de Beni, privée de perspectives d’avenir et bercée par le bruit des armes.
Pour briser ce cycle infernal, le leader communautaire estime que les barrières internes doivent impérativement tomber. Il appelle la population à dépasser les divisions internes pour défendre le plus fondamental des droits, celui de vivre en sécurité.
Christian Basikania exhorte les leaders d’opinion, les acteurs politiques et les citoyens à l’union sacrée, au-delà des clivages politiques et des intérêts partisans.
« Il est temps de nous tenir debout comme un seul homme. Ce qui nous divisait doit être oublié pour garantir au moins le droit à la vie. Oublions nos clivages politiques, nos intérêts égoïstes et chantons tous : justice ! », a-t-il lancé avec gravité.
En ce 2 octobre 2026, la commémoration des premières vagues de massacres se déroule dans un climat de recueillement et de vive tension. Pour les familles des victimes et les communautés locales affectées, la reconnaissance officielle des souffrances subies, l’identification des responsables de ces crimes et l’obtention de réparations demeurent les priorités absolues.
Alors que le souvenir des disparus reste profondément ancré dans la mémoire collective de Beni, le message de la population reste inchangé et plus urgent que jamais : la fin immédiate des violences et le respect absolu du droit à la vie.
Azarias Mokonzi