Passer au contenu principal

Tazama RDC

RDC : Awa Dabo alerte sur la persistance des violations des droits humains et appelle à renforcer les efforts de paix

RDC : Awa Dabo alerte sur la persistance des violations des droits humains et appelle à renforcer les efforts de paix

À l’occasion du Dialogue interactif renforcé consacré au rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme sur la République démocratique du Congo (RDC), la Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, Awa Dabo, a présenté un état des lieux marqué par la persistance des violences, les déplacements massifs de populations, les violences sexuelles liées aux conflits et les difficultés humanitaires dans plusieurs régions du pays.

Dans sa déclaration prononcée au Palais des Nations, à Genève vendredi 02 octobre, Awa Dabo a également rendu hommage aux victimes d’un accident d’un avion survenu le 25 septembre en RDC, qui a fait 17 morts. Parmi les victimes figuraient notamment le président de la Haute Cour militaire, Joseph Mutombo Katalayi, et l’auditeur général des Forces armées de la RDC, Lucien-René Likulia. Elle a salué leur engagement dans la lutte contre l’impunité pour les violations graves des droits humains, notamment les violences sexuelles liées aux conflits.

Une situation humanitaire et sécuritaire toujours préoccupante

Selon la Haute-Commissaire adjointe, la population congolaise fait face à une convergence de plusieurs crises, notamment l’épidémie d’Ebola, les conflits armés, les déplacements massifs et la compétition autour de l’exploitation des ressources naturelles.

Elle a indiqué que l’épidémie d’Ebola continuait de peser lourdement sur les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. D’après les chiffres cités dans la déclaration, plus de 8 000 cas confirmés avaient été enregistrés, pour plus de 3 900 décès.

Cette situation sanitaire est aggravée, selon elle, par la fragilité des systèmes de santé, conséquence de décennies de conflits et d’un sous-investissement dans les services publics. Les difficultés de financement et l’insécurité compliquent notamment l’accès aux communautés, la détection des cas et le traçage des contacts.

Awa Dabo a également évoqué les menaces visant les personnes engagées dans la lutte contre l’épidémie. Au 11 septembre 2026, son bureau avait documenté au moins 36 menaces de mort, ainsi que des attaques contre du personnel et des établissements de santé et des interférences dans les opérations d’inhumation.

Elle a estimé qu’un engagement durable auprès des communautés, reposant sur la transparence, l’équité et le respect des droits de chacun, était nécessaire pour restaurer la confiance.

Plus de 4 400 violations des droits humains documentées

Sur le plan sécuritaire, la situation dans l’est de la RDC demeure, selon la déclaration, particulièrement préoccupante.

Entre le 1er janvier et le 15 septembre 2026, le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme a documenté environ 4 400 violations et abus des droits humains dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Ces faits auraient touché environ 9 500 victimes et comprennent notamment des meurtres, des restrictions des libertés civiques et des violations du droit international humanitaire.

La déclaration souligne également l’ampleur des violences sexuelles liées aux conflits. Entre le 1er juin 2025 et le 31 mai 2026, le Bureau aurait documenté au moins 1 080 victimes, principalement des femmes et des enfants.

Cela correspond, selon les chiffres présentés, à près de trois victimes documentées par jour, tout en soulignant que le nombre réel pourrait être plus élevé en raison des difficultés d’accès et de signalement.

Les groupes armés seraient, d’après le Bureau, responsables de 74 % des victimes documentées. Des femmes et des filles auraient notamment été attaquées alors qu’elles accomplissaient leurs activités quotidiennes, notamment dans les champs, dans la brousse ou le long des routes.

Lutte contre l’impunité et protection des victimes

Face à ces violences, Awa Dabo a insisté sur la nécessité de poursuivre les responsables et de garantir la protection des survivants.

Elle a cité plusieurs avancées enregistrées avec l’appui du Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme. Les autorités judiciaires auraient ainsi mené cinq missions d’enquête conjointes et organisé huit audiences mobiles consacrées à des allégations de violences sexuelles liées au conflit.

Ces procédures ont, selon la déclaration, abouti à la condamnation de 161 membres des forces armées congolaises et de 30 membres de groupes armés. Les autorités auraient également protégé l’identité de 620 femmes victimes et témoins lors des procès.

Pour la Haute-Commissaire adjointe, ces mécanismes constituent des éléments importants de la lutte contre l’impunité et doivent être consolidés.

Des violences persistantes dans l’est du pays

La déclaration revient également sur les violences attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans la province de l’Ituri et dans certaines parties du Nord-Kivu.

Entre le 1er janvier et le 15 septembre 2026, le Bureau aurait attribué à l’ADF 319 violations des droits humains, touchant plus de 1 500 victimes. Les faits évoqués comprennent notamment des attaques contre des civils, des enlèvements et des violences sexuelles.

Par ailleurs, la déclaration fait état d’une intensification des affrontements dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu depuis la mi-septembre entre le M23, soutenu, selon le texte, par les Forces de défense rwandaises, et les forces armées congolaises, soutenues par les groupes Wazalendo.

Les dernières données citées dans la déclaration font par ailleurs état de plus de 6,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la RDC.

Awa Dabo a appelé à la poursuite des efforts visant à mettre fin aux violences et à améliorer les conditions de vie des populations. Elle a souligné que les populations devaient pouvoir accéder à l’éducation, travailler et retrouver leurs familles en sécurité. Elle a également rappelé que toutes les parties au conflit étaient tenues de respecter les droits humains internationaux et le droit international humanitaire.

Dans ce contexte, elle a renouvelé l’appel du Bureau au gouvernement rwandais pour qu’il retire ses troupes de la RDC et cesse son soutien à l’AFC/M23. La Haute-Commissaire adjointe a également insisté sur la nécessité d’ancrer les processus de paix dans les droits humains. Pour elle, cela implique notamment de garantir la responsabilité pour les crimes graves et de prendre en compte les attentes des victimes en matière de vérité, de justice, de réparations et de garanties de non-répétition.

Le Bureau a, par ailleurs, partagé avec les parties au conflit et les médiateurs un ensemble de mesures de renforcement de la confiance fondées sur les droits humains, dans le cadre des processus de paix menés à Doha, à Washington et avec l’appui des États-Unis.

La déclaration aborde également la situation de l’espace civique en RDC. Selon Awa Dabo, journalistes, défenseurs des droits humains et opposants politiques continuent de faire face à des arrestations, des intimidations et d’autres formes d’attaques.

Elle a pris acte de l’annonce des autorités concernant l’organisation d’un dialogue national, tout en soulignant la nécessité que ce processus soit inclusif, qu’il s’attaque aux causes profondes du conflit et qu’il contribue à protéger l’espace civique.

Elle a appelé à une participation significative des femmes, des jeunes, de la société civile, des défenseurs des droits humains, des journalistes et des communautés concernées.

Au-delà des questions sécuritaires, Awa Dabo a évoqué le paradoxe entre l’importante richesse minérale de la RDC et la pauvreté d’une grande partie de sa population.

Selon elle, la compétition autour des ressources naturelles et les intérêts économiques, aussi bien nationaux qu’étrangers, continuent d’alimenter certains conflits.

Le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme se dit disposé à accompagner les évaluations obligatoires de l’impact sur les droits humains des grands projets et investissements liés aux ressources naturelles.

La déclaration souligne également que les ressources du pays devraient bénéficier à la population congolaise et appelle à renforcer les mécanismes de reddition de comptes, les réformes de gouvernance, la lutte contre la corruption et la consolidation des institutions.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *