Six millions de voix pour la justice en RDC : Amnesty International, mobilise les congolais contre l’impunité
Face à l’impunité persistante qui entoure les crimes commis depuis trois décennies en République démocratique du Congo, une veillée solennelle intitulée la « Nuit de bougies » a marqué, le jeudi 1er octobre, un tournant dans la mobilisation pour les droits humains.
Réunies à l’Échangeur de Limete, à Kinshasa, plusieurs centaines de personnes ont assisté au lancement officiel de la campagne nationale et internationale « Six millions de voix pour la justice au Congo ».
Initiée par l’organisation non gouvernementale Amnesty International en partenariat avec les forces vives de la société civile congolaise, cette lueur collective se veut à la fois un hommage aux victimes des conflits cycliques et un plaidoyer pressant pour l’instauration d’une justice transitionnelle.
L’événement a rassemblé un public diversifié composé de survivants, de proches de victimes, de mouvements de jeunes, de parlementaires et de délégués internationaux. Ensemble, ils ont allumé des milliers de bougies pour briser le silence sur les atrocités documentées dans le pays, particulièrement dans les provinces de l’Est.
« Chaque bougie que nous allons allumer ce soir représente une vie, une histoire, une famille, une communauté et une voix qui compte », a déclaré Flavia Mwangovya, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.
« Nous sommes réunis non seulement pour nous souvenir, mais aussi pour affirmer que les victimes et les survivants ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. »
Mme Mwangovya a salué la forte mobilisation des citoyens et des activistes africains venus manifester leur solidarité, soulignant que cette présence massive témoigne d’une appropriation profonde de la démarche par la population locale.
Le nom de la campagne, bien qu’ayant une portée symbolique forte face à l’absence de bilans officiels consolidés, fait écho aux millions de vies fauchées par les violences armées successives. Amnesty International ambitionne de récolter six millions de signatures à travers une pétition d’envergure.
Cette mobilisation citoyenne vise à exercer une pression politique et diplomatique sur les instances nationales et internationales afin d’obtenir la création de mécanismes judiciaires internationalisés.
L’ONG plaide notamment pour la mise en place d’une cour spéciale dédiée aux crimes graves recensés dans le rapport Mapping de l’ONU (1993-2003), l’instauration de chambres mixtes au sein des cours d’appel congolaises pour traiter les exactions commises de 2003 à nos jours, l’inscription prioritaire de ces deux projets de loi de justice transitionnelle à l’ordre du jour de l’actuelle session parlementaire, ainsi que l’institution du 1er octobre comme une Journée mondiale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international commis en RDC.
Prévue pour s’étendre sur une durée de deux ans, cette campagne de lobbying et de sensibilisation populaire entend transformer la mémoire collective en réformes judiciaires concrètes. Pour les organisateurs, l’objectif est de veiller à ce qu’aucun crime commis en République démocratique du Congo ne reste impuni.
Azarias Mokonzi