Beni : Une Journée nationale de l’enseignement sous le signe de la détresse et de la méditation
Ce jeudi 30 avril, la commémoration de la Journée nationale de l’enseignement à Beni n’avait rien d’une célébration. Entre insécurité grandissante et précarité salariale, les professionnels de la craie ont troqué les festivités pour un cri d’alarme, dénonçant un quotidien devenu insoutenable.
Dans les rues de Beni, l’ambiance était lourde ce jeudi. Loin des défilés et des réjouissances habituelles, les enseignants du secteur public ont marqué cette journée par une expression profonde d’inquiétude. Dans cette région meurtrie par les attaques incessantes des rebelles ADF, l’école n’est plus un sanctuaire.
Les déplacements massifs de populations et l’insécurité persistante perturbent gravement le calendrier scolaire, plaçant les enseignants dans une vulnérabilité extrême.
Au défi sécuritaire s’ajoute une crise sociale aiguë. Le retard de paiement des salaires du mois d’avril a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la frustration. Pour Ghislain Bambirikire, secrétaire permanent du Syndicat national des enseignants du Congo (SYECO) à Beni, le gouvernement ne respecte pas ses engagements.
« Nous déplorons le non-respect des accords de Bibwa », a-t-il déclaré.
Il déplore en outre, l’absence de majoration salariale, le blocage du dossier des « nouvelles unités » et l’inefficacité criante de la mutuelle de santé. Malgré les cotisations prélevées, les soins de santé restent inaccessibles pour beaucoup, tandis que les retraités finissent souvent leur vie dans l’indigence, sans jamais toucher leurs indemnités de sortie.
Faute de moyens et de cœur à la fête, c’est dans la spiritualité que de nombreux enseignants ont cherché refuge. Un culte d’action de grâce a été organisé à la 8e CEPAC centrale de Beni. Ce moment de recueillement a été présenté comme une opportunité de méditer sur l’avenir d’un système éducatif congolais en péril
Si le tableau peint ce jeudi est sombre, l’espoir d’un changement durable reste le seul moteur de ces « sacrifiés » de la République. À Beni, l’enseignement ne demande plus des hommages, mais des actes concrets pour garantir la dignité de ceux qui façonnent la jeunesse du pays.
Azarias Mokonzi