RDC : Le CSAC bâillonne Kabila, le PPRD dénonce une dérive
Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a décidé de frapper fort. Dans une mesure conservatoire au ton accusateur, l’institution a suspendu pour 90 jours toute médiatisation du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), ainsi que de son autorité morale, l’ancien président Joseph Kabila Kabange.
Cette décision couvre l’ensemble du territoire national et interdit formellement aux médias et aux plateformes numériques de diffuser, commenter ou relayer tout contenu relatif au PPRD.
« Il est formellement interdit […] de diffuser, relayer, commenter, promouvoir ou médiatiser, sous quelque forme que ce soit, les activités, déclarations, messages, images, slogans, réunions, interviews ou manifestations dudit parti politique. »
Le document, signé par le Bureau du CSAC, justifie cette suspension par des « actes d’incitation à la haine », « d’apologie de la violence », et une « complicité active » avec des groupes armés, notamment le M23. Joseph Kabila est même qualifié de « parrain idéologique et financier » de la rébellion.
Peu après la publication de la décision, Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du PPRD, a réagi sèchement via les réseaux sociaux :
« Le PPRD de Joseph Kabila n’est pas concerné par la décision irréfléchie de Christian Bosembe. »
Ce rejet frontal traduit la volonté du parti de ne pas reconnaître la légitimité d’une mesure qu’il considère comme politiquement motivée.
Ce coup de force soulève un débat juridique et institutionnel. Si le CSAC évoque la protection de la paix publique, plusieurs voix s’inquiètent d’un précédent dangereux : peut-on suspendre un parti politique d’une telle envergure sans procédure judiciaire contradictoire ?
« L’autorité morale dudit parti […] constitue une menace directe à la paix, à l’ordre public, à l’unité et à la cohésion nationale », insiste le texte du CSAC.
En pleine reconfiguration de l’espace politique, cette mesure exceptionnelle ouvre une nouvelle phase de tension entre institutions de régulation et forces politiques de l’opposition.
Le bras de fer est engagé. Entre accusations explosives et rejet catégorique, la suspension du PPRD par le CSAC place la démocratie congolaise à la croisée des chemins. La scène politique retient son souffle.
Eugène Vomba