Rencontres de Kabila à Goma : Entre espoirs de paix et devoir de mémoire
Présent depuis plusieurs jours à Goma, dans la province du Nord-Kivu, l’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange a, au troisième jour d’une longue série de consultations annoncées, rencontré les associations féminine de la ville de Goma et les chefs d’établissements d’enseignement supérieur et universitaire, ce samedi. Dans un contexte sécuritaire tendu dans la région, les échanges ont porté sur la restauration de la paix dans l’Est de la RDC, la cohésion nationale et le vivre-ensemble entre le peuple.
Au nom des associations féminines, Liberata Buratwa, représentante des femmes ambassadrices pour la paix, a livré un message fort, mélangé d’une douleur maternelle, exigence citoyenne et détermination politique.
« Il est venu aussi pour mettre la main à la pâte afin que le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Est de la République démocratique puisse recouvrer la paix, et rien que la paix. Nous avons parlé de la paix et nous avons montré au président de la République que nous voulons la paix et rien que la paix ; non à la balkanisation, le Congo doit rester un et indivisible, c’est notre pays », a-t-elle lancé.
Ce cri de cœur s’est doublé d’un plaidoyer poignant sur le rôle fondamental des femmes dans une société blessée, mais résiliente.
« Nous lui avons montré que c’est nous qui mettons au monde tous ces enfants-là qui traînent dans la brousse, ceux qui sont dans la ville, ceux qui sont dans la rébellion, même le président, c’est nous qui l’avions mis au monde. Pourquoi devons-nous continuer à souffrir, nous, en tant que femmes ? », s’est elle interrogé.
Enfin, elles ont exprimé une exigence claire , celle de ne plus être reléguées au second plan lors des négociations nationales.
« Nous avons demandé au président aussi à ce que nous puissions participer dans tous les processus de paix lorsqu’il y aura des dialogues», a-t-elle déclaré.
A leur tour, les chefs d’établissements d’enseignement supérieur et universitaire ont, quant eux salué l’initiative de l’ancien Président Joseph Kabila. Pour le professeur Muhindo Mughanda, Recteur de l’Université de Goma et prédisent de la conférence des chefs d’Établissements d’enseignement supérieur et universitaire, cette initiative a pour valeur de reconnaissance et de responsabilité partagée.
« Il nous a invités, et la politesse à l’égard d’un grand personnage aussi important pour l’histoire de la République a fait qu’on ne pouvait pas ne pas venir», a dit le professeur Mughanda.
L’événement, selon lui, sort de l’ordinaire :« Pour nous, ça a été un honneur, parce que si très rarement on a vu des intellectuels de calibre que j’ai amenés ici être invités pour écouter puis donner leurs points de vue ».
Sans révéler les détails, il a laissé entrevoir une suite concrète à ces échanges.
« Pour aujourd’hui, on a écouté parce qu’on sait, on est persuadé que nous ne connaissons pas mieux le Congo que le président honoraire Joseph Kabila Kabange. Nous l’avons écouté, il nous a donné une tâche que je ne voudrais pas révéler. D’ici quelques matins, nous allons le revoir pour lui remettre le devoir», a-t-il promis.
La présence de Joseph Kabila à Goma, dans un contexte d’instabilité sécuritaire aiguë, marque-t-elle le retour d’un leadership historique dans le débat national sur la paix ? Si les consultations engagées ont le mérite de ramener le dialogue au cœur de la scène politique locale, elles soulèvent aussi des attentes fortes : la population de l’Est n’attend plus de discours, mais des actes, un cap, et une stratégie.
Dans une région où les armes ont trop longtemps remplacé la parole, l’initiative de Kabila est perçue comme un test politique, celui de savoir si un ancien président peut encore peser, non par nostalgie, mais par nécessité. Pour les femmes et les intellectuels rencontrés, l’urgence est claire : la restauration de la paix, la cohésion et l’unité nationale et l’implication inclusive des acteurs pour y parvenir.
Rédaction