Tazama RDC

Atrocités en RDC: « la paix sans justice n’est qu’une trêve illusoire », (P Muyaya)

Atrocités en RDC: « la paix sans justice n’est qu’une trêve illusoire », (P Muyaya)

Alors que la République Démocratique du Congo s’enlise dans une guerre oubliée, ravagée par des décennies d’impunité, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a lancé un cri d’alarme lors de la présentation d’un ouvrage-documentaire accablant sur les crimes commis dans les zones sous occupation à l’Est du pays.

Ce document, fruit d’un patient travail du professeur Toumba Loaba et de son équipe, recense plus de cent pages d’atrocités, dressant le portrait d’une région où le crime est devenu un mode de gouvernance, un outil stratégique au service des groupes armés et de leurs complices.

« Nous assistons à ce que moi je peux appeler une gouvernance par le crime », a dénoncé Muyaya, posant des mots sans détour sur une réalité sinistre. Violences sexuelles, enrôlement d’enfants, attaques ciblées contre des hôpitaux ou des camps de déplacés : le quotidien de millions de Congolais est rythmé par l’horreur. Plus de 2 599 écoles affectées, un million d’enfants impactés, certains réduits au silence éternel sous les bombes.

Mais plus que l’effroi, c’est le refus de l’oubli et la soif de justice qui ont marqué l’intervention du ministre. « On parle beaucoup de paix, mais on ne parle pas toujours de justice », a-t-il déploré.

Puis, d’un ton grave, il souligne que « si nous pensons qu’on peut continuellement sacrifier la justice au profit de la paix, nous ne serons jamais en mesure d’empêcher la répétition de ces crimes».

Cette formule, reprise en écho dans la salle, incarne un tournant dans le discours politique congolais. Car l’heure n’est plus aux compromis fragiles, mais à la construction d’un avenir fondé sur la vérité, la mémoire et la sanction.

Le document présenté va au-delà de la statistique. Il restitue la douleur, la déshumanisation, le silence imposé aux victimes. Et il pointe des lieux désormais tristement emblématiques : le parc national des Virunga, sanctuaire naturel devenu champ de guerre, symbole d’un pays dont même le patrimoine est pris en otage.

Pour Patrick Muyaya, cette documentation est plus qu’un inventaire. « C’est une arme contre l’oubli. Elle alimente déjà les travaux de la mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, qui séjourne actuellement dans le pays, en prélude à une commission d’enquête attendue en septembre », explique le ministre de la Communication et des médias.

Le ministre a salué la synergie entre les institutions nationales et internationales, tout en lançant un avertissement. « Les auteurs de ces crimes, qu’ils soient étrangers ou Congolais, devront répondre devant la justice. Même ceux qui échappent encore à la CPI, faute d’avoir ratifié le Statut de Rome, n’échapperont pas à l’histoire », laisse entendre le ministre.

« Il n’y aura pas de meilleure consolation, au-delà de tout ce que fait le gouvernement pour accompagner les familles des victimes, que de voir les bourreaux répondre devant la justice », a-t-il martelé.

Son message est sans ambiguïté : « la paix sans justice n’est qu’une trêve illusoire« . Et ce document, en mettant des mots et des preuves sur les blessures d’un peuple, marque peut-être le début d’un sursaut historique.

Rédaction

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