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RDC: Le gouvernement dénonce la mise en place d’un système éducatif parallèle dans certaines zones du Nord et du Sud-Kivu

RDC: Le gouvernement dénonce la mise en place d’un système éducatif parallèle dans certaines zones du Nord et du Sud-Kivu

Alors que l’insécurité persiste dans l’Est de la République Démocratique du Congo, une nouvelle menace, moins visible mais tout aussi dangereuse, plane sur l’unité nationale : la fragmentation institutionnelle de l’enseignement supérieur. Le 19 mai, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) a tiré la sonnette d’alarme, dénonçant la mise en place d’un système éducatif parallèle dans certaines zones du Nord et du Sud-Kivu.

Selon la ministre Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna, il s’agit d’une tentative de démantèlement du cadre national de gestion des études supérieures, avec des conséquences désastreuses pour l’avenir académique des étudiants et la souveraineté de l’État.

Au cœur du problème : la mise à l’écart des directives nationales au profit de structures locales autoproclamées. Un procès-verbal ayant circulé sur les réseaux sociaux révèle l’existence de décisions prises sans l’aval de Kinshasa, remettant en cause les principes de centralisation éducative. Ces décisions comprennent :

  1. la coupure des relations administratives avec la tutelle nationale ;
  2. La nomination d’un représentant local chargé de l’ESU ;
  3. La gestion autonome des frais académiques par des autorités locales ;
  4. et l’instauration d’une commission académique indépendante.

Ces mesures traduisent une volonté d’instaurer une gouvernance éducative dissociée de l’État central, mettant à mal l’égalité des droits académiques sur l’ensemble du territoire.

Le Ministère de l’ESU, dans un ton ferme, qualifie ces actes d’« illégaux, désastreux et dangereux ». Il affirme que l’éducation ne peut être soumise à des logiques de partition politique ou militaire, car elle constitue l’ossature de la conscience nationale et de la citoyenneté.
« La formation de la jeunesse estudiantine ne peut en aucun cas se conjuguer avec les incohérences liées aux intérêts partisans », lit-on dans le communiqué officiel.

Les révélations proviennent de zones actuellement sous contrôle de la coalition M23/AFC, où certaines autorités locales auraient organisé des concertations avec les responsables académiques pour faire appliquer ces mesures. Si le nom de la coalition rebelle reste mentionné, il n’est qu’un élément révélateur d’un phénomène plus large : l’imposition de logiques extra-étatiques dans la gestion publique.

Kinshasa y voit une dérive grave, car elle établit un précédent où le pouvoir éducatif se trouve confisqué par des structures armées, au détriment de l’État de droit.

Dans ce climat de confusion, les institutions académiques locales sont prises en étau. Les enseignants, les étudiants et les administrateurs sont soumis à des injonctions contradictoires, avec pour conséquence : une insécurité juridique des diplômes, une désorientation des cursus et une précarisation des enseignants.

Conscient de l’enjeu, le ministère sollicite l’appui des organismes internationaux :
« Le Ministère lance un appel pathétique aux instances internationales en charge de l’éducation et des droits humains pour qu’elles se saisissent de cette dérive. »

Derrière cette crise, c’est tout l’équilibre républicain qui vacille. Dans une région où l’autorité de l’État est souvent contestée, l’université demeure l’un des derniers remparts de l’unité nationale. L’ESU insiste donc sur la nécessité de réaffirmer la primauté de l’État dans la gestion éducative, condition sine qua non d’un avenir stable et souverain pour la RDC.

Rédaction

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