Or et coltan de RDC : l’économie de guerre qui alimente les tensions entre Kinshasa et Kigali
Le mouvement rebelle M23 est directement accusé par Amnesty International de piller massivement les ressources minières de la République démocratique du Congo (RDC). Selon des témoignages exclusifs de mineurs et des analyses menées par le Laboratoire de preuves de l’organisation humanitaire, d’importantes quantités de terre aurifère extraites sur le site de Lomera sont acheminées illégalement par bateau vers le Rwanda, une pratique susceptible de constituer un crime de guerre.
Les preuves recueillies décrivent un mode opératoire clandestin et bien rodé. Des cargaisons de terre aurifère, conditionnées dans des sacs appelés robotas, sont chargées à l’aube ou en pleine nuit depuis le port de Lomera sur le lac Kivu.« J’y étais une nuit. Je me suis caché et j’ai vu que le M23 avait envoyé trois groupes vers différents puits de mine. Ils ont pris le sable minéralisé et l’ont transporté près du lac. Lorsqu’ils sont arrivés, ils ont mis le sable dans des petits bateaux, qui sont partis pour le Rwanda », confie un mineur congolais sous couvert d’anonymat.
Un autre travailleur du site confirme la régularité du trafic : « Tous les matins, ils venaient avec des négociants du Rwanda. Et les mêmes bateaux revenaient la nuit. »
Une fois la frontière lacustre traversée, les embarcations déchargent leur contenu à Kamembe, dans la province de l’Ouest du Rwanda.
Pour tromper la vigilance et masquer l’origine des minerais précieux, la terre aurifère est entreposée dans un point de collecte habituellement réservé au sable de construction.Face à l’ampleur de ce trafic transfrontalier, Amnesty International pointe du doigt une possible complicité étatique.
L’organisation estime que les volumes d’or et de coltan introduits illégalement sur le territoire rwandais « soulèvent des questions sur l’implication de responsables rwandais et de dirigeants du M23 ».
L’ONG rappelle que l’appropriation illicite de ressources naturelles en temps de conflit qualifie le délit de pillage, une infraction grave aux conventions internationales. Cette situation pourrait ainsi engager formellement la responsabilité pénale internationale des différents acteurs impliqués dans la chaîne logistique et financière de ce commerce de sang.