Goma : RSF accuse l’AFC-M23 d’avoir transformé les locaux d’une radio en bureau de renseignements
Le siège de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (91.7 FM), à Goma, aurait été transformé par la coalition AFC-M23 en bureau de renseignements et en lieu de détention. Ces révélations sont contenues dans une enquête de Reporters sans frontières (RSF), qui dénonce ce qu’elle qualifie de grave atteinte à la liberté de la presse.
Selon l’organisation de défense de la liberté de la presse, certaines pièces des locaux de cette radio ont été transformées en bureaux du service de renseignements de la rébellion, tandis que d’autres serviraient de lieux de détention. RSF affirme avoir recueilli les témoignages d’au moins quatre personnes qui auraient déjà été détenues dans ces locaux.
L’organisation relève par ailleurs que le logo de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke reste toujours visible à l’entrée du bâtiment, malgré sa nouvelle utilisation présumée.
« Après les agressions, les suspensions de médias et les détentions de journalistes dans des conteneurs, la coalition AFC/M23 a dépassé une nouvelle ligne rouge en transformant les locaux d’une radio en bureau de la Direction des services de renseignement. Depuis la prise des territoires dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu au début de l’année 2025, l’AFC/M23 ne cesse de piétiner la liberté de la presse. RSF dénonce une énième pratique révélatrice des violences commises par le groupe rebelle contre les médias et les journalistes », déclare Camille Muntagu, journaliste au bureau Afrique subsaharienne de RSF.
Cet abus présumé s’ajoute à plusieurs autres restrictions imposées aux médias et aux journalistes par la rébellion dans les zones qu’elle contrôle.
Que se passe-t-il réellement dans les locaux de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke ? RSF rapporte notamment les témoignages de personnes qui affirment y avoir été détenues et violentées.
« David (le prénom a été modifié), en a été un témoin direct. En septembre 2025, cet habitant de Goma est interpellé par des individus à moto. Emmené au niveau de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke, il a été acheminé à l’intérieur des locaux puis frappé à plusieurs reprises. Ses ravisseurs le soupçonnent d’être un délinquant. Détenu durant deux jours dans une pièce transformée en cachot, il est ensuite transféré vers le bureau provincial de l’Agence nationale de renseignement (ANR), connu sous le nom de Chien Méchant.
Arrestation, violence lors de l’interrogatoire au sein de la radio, nourriture insuffisante et transfert vers Chien Méchant : Stanley (le prénom a été modifié) a suivi la même trajectoire et enduré les mêmes conditions de détention dans les locaux de la radio, au printemps 2026. Violenté au cours d’un interrogatoire sur ses supposés liens et activités auprès des Wazalendo, les supplétifs civils de l’armée congolaise, il a été détenu, confie-t-il, pendant près d’une semaine dans une pièce, avec trois autres personnes. Pendant cette période, Stanley ne mangeait qu’une seule fois par jour, un mélange de riz et de haricots».
RSF affirme avoir tenté de contacter les porte-parole de la rébellion afin de recueillir leur version des faits, mais sans succès.
L’organisation rapporte toutefois avoir obtenu la réaction du responsable adjoint du service de renseignements de l’AFC-M23, identifié sous le nom de Patient, qui aurait nié les faits reprochés à son service.
Pour sa défense, ce dernier aurait notamment évoqué le statut privé de la radio et son appartenance à un ancien homme politique, estimant que celui-ci chercherait à « fomenter et manigancer des informations » contre le mouvement AFC-M23.
Selon le responsable d’une organisation de la société civile de Goma cité par RSF, « l’AFC/M23 a développé une stratégie de confiscation et de contrôle des “bâtiments appartenant à des dignitaires de Kinshasa” ». En l’occurrence, précise l’organisation, le promoteur de la radio serait un ancien député provincial, désormais installé à Kinshasa.
D’après les informations recueillies par RSF, son domicile personnel aurait également été confisqué.
Inaugurée en 2021, la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke avait été sommée de fermer et vidée de son matériel quelques jours seulement après la prise de la ville de Goma par les rebelles de l’AFC-M23.