Annonce du voyage de la C64 à Goma : le gouvernement brandit l’article 100 du Code pénal et menace de poursuites
À la suite des déclarations de Moïse Katumbi confirmant l’intention de la coalition d’opposition C64 de se rendre à Goma, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a brandi la menace explicite de poursuites judiciaires et de sanctions pénales.
Le cœur du litige repose sur la volonté de la C64 d’entamer des discussions de paix directement à Goma, un territoire que Kinshasa considère sous l’influence ou le contrôle du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), la rébellion dirigée par l’ancien président Joseph Kabila.
Quelques heures avant la sortie du ministre, l’opposant Moïse Katumbi a réaffirmé la détermination des leaders de l’opposition à faire le déplacement dans le chef-lieu du Nord-Kivu. L’objectif est de s’entretenir avec Joseph Kabila pour dégager une issue négociée et « congolaise » à la crise sécuritaire majeure qui secoue l’Est du pays.
Pour l’opposition, Goma demeure une portion intégrale du territoire national où tout citoyen devrait pouvoir circuler librement pour œuvrer à la paix.
Dans une déclaration sans équivoque, Jacquemain Shabani a rappelé l’existence d’institutions démocratiques légitimes et a évoqué l’application stricte de la loi fiscale et pénale.
« Lorsque des responsables des partis politiques congolais prennent unilatéralement de telles initiatives, c’est-à-dire aller dans les territoires occupés par une armée étrangère pour prendre des contacts […] ils tombent dans les infractions pénales poursuivables », a mis en garde le ministre de l’Intérieur, s’appuyant spécifiquement sur l’article 100 du Code pénal congolais.
Selon le patron de l’Intérieur, aucun mouvement ou contact politique vers des zones sous occupation ou sous influence rebelle ne peut se faire sans l’accord préalable et l’accompagnement du gouvernement. Il a averti que tous les faits et gestes des opposants seraient rigoureusement documentés en vue de sanctions futures.
Pour justifier sa fermeté, Jacquemain Shabani a établi un parallèle direct avec l’attitude passée de l’ancien président Joseph Kabila. Selon le ministre, ce dernier s’était initialement rendu à Goma sous couvert d’un discours de paix et de dialogue avec les rebelles avant de lever le masque et d’apparaître comme le véritable leader du FRN. Un antécédent qui pousse aujourd’hui le gouvernement à considérer toute démarche unilatérale de l’opposition dans la région comme une complicité ou un sabotage du processus officiel de pacification.
Alors que la tension monte à Kinshasa, cette confrontation directe autour du déplacement à Goma illustre le fossé grandissant entre la coalition C64 et le régime de Félix Tshisekedi sur la méthode à adopter pour résoudre la crise dans l’Est.
Azarias Mokonzi