Moïse Katumbi met en garde Félix Tshisekedi : « Changer la constitution, c’est accepter la balkanisation du pays »
Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le leader de l’opposition Moïse Katumbi est sorti de son silence avec une fermeté catégorique. Opposé au projet de changement de la Constitution porté par le pouvoir en place, le président d’Ensemble pour la République met en garde le chef de l’État contre les risques de balkanisation et d’instabilité majeure du pays.
Pour l’ancien gouverneur du Katanga, la priorité absolue de la RDC réside dans la consolidation du cadre institutionnel et non dans l’enracinement de personnalités au pouvoir.
« On n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes », a martelé Moïse Katumbi, rappelant que la stabilité de la Nation repose sur le respect strict des textes sacrés de la République.
Fustigeant l’initiative du pouvoir central, l’opposant rejette catégoriquement tout projet d’écriture d’une nouvelle constitution et lance un avertissement solennel au chef de l’État : « Quiconque se rebelle contre la Constitution, nous allons le freiner. Si le président Tshisekedi veut être le patriarche de la division de notre pays, je lui souhaite bonne chance. Il doit revenir à la raison ».
Au-delà du débat politique, Moïse Katumbi alerte sur les conséquences sécuritaires et territoriales dramatiques qu’une telle démarche pourrait engendrer dans un contexte national déjà très vulnérable. Selon lui, toucher à la loi fondamentale équivaudrait à ouvrir la boîte de Pandore.
« Changer la Constitution, c’est accepter la balkanisation du pays. Il y aura d’autres mouvements qui vont venir. Il y a déjà plus de 200 groupes armés dans notre pays et changer la Constitution, c’est la division totale. Nous prônons l’unité totale. Personne n’acceptera ce changement », a-t-il prévenu avec gravité.
Interrogé sur les rumeurs et enjeux entourant l’ancien président Joseph Kabila ainsi que l’option de la lutte armée, Moïse Katumbi a tenu à clarifier sa position tout en prônant une voie strictement démocratique et pacifique.
Confirmant sa réconciliation avec son ancien rival Joseph Kabila, Katumbi a souligné leur convergence de vues pour la défense du texte constitutionnel : « Il y a eu réconciliation entre moi et Joseph Kabila, et aujourd’hui nous nous opposons à toute personne qui veut toucher à la Constitution ».
Toutefois, le leader d’Ensemble pour la République rejette fermement la violence armée comme moyen de pression, appelant au respect des voies légales et à la recherche d’un consensus national :
« L’article 64 n’est pas d’accord pour que l’on prenne les armes. C’est pourquoi nous devons tout faire pour barrer la route aux gens de Kinshasa qui veulent se rebeller contre la Constitution, tout en barrant la route à ceux qui prennent les armes, afin de trouver un compromis à l’amiable ».
Évoquant la situation personnelle de l’ex-président Kabila face aux menaces judiciaires, Katumbi conclut sur le caractère intouchable du texte fondamental : « Ce que nous devons protéger avant tout, c’est notre Constitution. Pour nous, elle est sacrée ».
Azarias Mokonzi