RDC: Chronique d’un abandon face aux ADF, l’Ituri se meurt, Kinshasa regarde ailleurs
Le territoire de Mambasa, situé dans la province de l’Ituri, traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Depuis janvier 2026, cette entité subit une vague d’attaques terroristes d’une violence inouïe menée par les Forces démocratiques alliées (ADF). En l’espace de seulement huit mois, plus de 800 civils ont été sauvagement massacrés.
Ce chiffre alarmant a été révélé par Rams Malikidogo, coordonnateur de l’ONG de défense des droits de l’homme APDEF à Mambasa. L’activiste dénonce une crise humanitaire et sécuritaire de grande ampleur qui s’étend désormais à une large partie du territoire.
Les rebelles ADF ont intensifié leurs assauts pour asphyxier la région. Selon l’APDEF, la terreur a désormais embrasé une grande partie des collectivités locales. Les groupements de Bangole, Babila-Teturi, Bakaiko, Mambembe-Bela, Bapongomo, Bapwele, Bayako et Enjewa sont aujourd’hui le théâtre d’exactions quotidiennes.Outre les massacres de masse, la population subit des vagues d’enlèvements et des destructions matérielles massives.
« En dehors des dégâts matériels et des enlèvements humains, plus de 800 personnes ont déjà péri, en 8 mois seulement », s’indigne Rams Malikidogo, pointant du doigt une tragédie humaine qui se déroule à huis clos.
L’enfance sacrifiée : Enrôlement de force et radicalisation
L’un des aspects les plus dramatiques de cette offensive terroriste réside dans le ciblage des mineurs. Profitant de l’absence de protection étatique, les ADF kidnappent des enfants pour gonfler leurs rangs.
«Ces enfants sont enrôlés de force dans les rangs des rebelles et malheureusement ils sont radicalisés et retournés contre leurs propres frères qu’ils tuent sans pitié », alerte le coordonnateur de l’APDEF. Ce phénomène de radicalisation forcée menace à long terme le tissu social et l’avenir même de la jeunesse d’Ituri, privée d’éducation et traumatisée par les atrocités.
Le « silence irresponsable » de la classe politique à Kinshasa
Face à ce bain de sang, le sentiment d’abandon est total au sein de la population civile. L’APDEF dénonce vigoureusement l’inaction des institutions de la République Démocratique du Congo et l’indifférence des décideurs politiques, qu’ils soient de la majorité au pouvoir ou de l’opposition.« Quand vous allez dans des salons politiques à Kinshasa, la question des ADF n’est pas leur préoccupation, elle n’est pas sur la table. Mais malheureusement derrière ce silence irresponsable se cachent des vies humaines qui périssent, des enfants qui ratent leur éducation, et surtout une économie qui s’évapore », regrette amèrement Rams Malikidogo.
Pour la société civile locale, la classe politique congolaise semble déconnectée des réalités tragiques de l’Est du pays. « On dirait que ceux qui meurent ici ne sont pas Congolais », fait-elle remarqué.
Sur le terrain, la collaboration entre les structures citoyennes et les forces armées de la RDC (FARDC) se résume trop souvent à la triste tâche de ramasser les dépouilles des victimes après le passage des assaillants. L’APDEF estime que la stratégie militaire actuelle doit radicalement changer pour passer d’une posture de réaction à une posture de prévention.
« Ces ennemis opèrent en toute tranquillité, et nous ramassons, ensemble avec nos militaires, les corps de nos compatriotes. Il faut anticiper les attaques et protéger la population. C’est au gouvernement de faire de la question des ADF sa plus grande priorité. Nous mourons », conclut Rams Malikidogo.
Face à cette hémorragie humaine, le gouvernement congolais est urgemment appelé à briser le silence, à mobiliser des moyens logistiques conséquents et à sécuriser les groupements assiégés de Mambasa avant que le territoire ne bascule totalement dans le chaos.