RDC: Face aux massacres à l’Est, les élus du Nord-Kivu et de l’Ituri proposent l’autodéfense civile
Les députés nationaux du Nord-Kivu et de l’Ituri suspendent leur participation aux plénières de l’Assemblée nationale pour protester contre l’enlisement sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Mené par Jacques Safari Nganizi, député de Masisi et président du Caucus des députés du Nord-Kivu, ce boycott politique dénonce l’échec flagrant de l’état de siège instauré depuis 2021.
Face à la persistance des massacres à Beni, Mambasa et Masisi, les élus exigent un débat de fond immédiat et la mise en œuvre de solutions alternatives, notamment l’instauration d’une autodéfense civile encadrée.
Jugeant inadmissible de siéger confortablement pendant que leurs électeurs se font exterminer par les rebelles des ADF et d’autres forces négatives, les parlementaires de l’Est ont choisi la politique de la chaise vide. Pour Jacques Safari Nganizi, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le vote d’une motion visant à clore prématurément un débat sécuritaire à huis clos, en présence des ministres concernés.
Les élus du Nord-Kivu et de l’Ituri fustigent le manque de considération et la légèreté de certains de leurs collègues face à un drame national qui dure depuis trop d’années. Ils conditionnent désormais leur retour à des mesures concrètes et transparentes.
En vigueur depuis mai 2021, l’état de siège, qui a militarisé la gestion du Nord-Kivu et de l’Ituri, montre de profondes limites sur le terrain. Non seulement les tueries de civils se poursuivent à Beni et Mambasa, mais la résurgence du M23 continue de priver l’État de vastes portions de territoires stratégiques. Devant cette impasse, le Caucus des députés propose de changer radicalement de paradigme. La recommandation phare réside dans l’institutionnalisation d’une autodéfense civile.
Selon le président du caucus, la jeunesse locale regorge de forces vives capables de sécuriser les grandes agglomérations si le gouvernement leur en donne le mandat et le cadre légal.
« Au niveau de Beni, par exemple, nous avions demandé que le gouvernement puisse instaurer l’autodéfense civile. Nous ne pouvons pas comprendre que des populations continuent d’être massacrées alors que nous avons des jeunes capables de sécuriser les grandes agglomérations », a-t-il fait savoir dans cette déclaration.
Pour débloquer la crise parlementaire, le Caucus du Nord-Kivu et de l’Ituri exige notamment, la convocation formelle de tous les ministres du secteur de la défense et de la sécurité, l’ouverture d’un débat approfondi et sans tabou sur l’efficacité réelle de l’état de siège, ainsi que l’adoption immédiate de mesures de rupture pour stopper définitivement les massacres de populations civiles.
Cette démonstration de force politique des élus de l’Est accentue la pression sur le gouvernement congolais, contraint de réévaluer sa stratégie militaire et d’écouter les propositions directes de ceux qui représentent les victimes de cette crise persistante.
Azarias Mokonzi