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Soupçons de collusion avec la milice CRP : Pourquoi l’armée ougandaise veut quitter le front

Soupçons de collusion avec la milice CRP : Pourquoi l’armée ougandaise veut quitter le front

L’annonce, bien que faite sur les réseaux sociaux par le général Muhoozi Kainerugaba, sonne comme un coup de semence. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise (UPDF) menace de retirer ses troupes des territoires de Lubero et Mahagi, officiellement à partir de début avril. Derrière cette décision « furtive » se cachent des tensions croissantes et des soupçons de double jeu qui empoisonnent la coopération militaire entre la RDC et l’Ouganda.

Ce coup d’éclat de Kampala n’est pas un fait anodin. Il intervient dans la foulée d’un rapport accablant du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Selon cet organisme, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) soupçonnent ouvertement l’armée ougandaise de soutenir la milice CRP (Coopérative pour le Développement Économique du Congo) de Thomas Lubanga.
Le rapport souligne une « proximité » troublante entre l’UPDF et les miliciens dans la localité de Savo, notant l’inaction des troupes ougandaises lors des attaques de la CRP contre les positions des FARDC.

« Les FARDC continuent de suspecter l’armée ougandaise (UPDF) de soutenir la CRP. Lors de ce mois, ce soupçon s’est notamment renforcé du fait de la proximité observée entre la CRP et UPDF dans la localité de Savo et de l’inaction des UPDF vis-à-vis de cette milice, y compris, lors de ses attaques contre les FARDC », précise le Baromètre sécuritaire du Kivu.

Ce climat de méfiance a atteint son paroxysme à la mi-mars, lorsque l’administrateur du territoire de Mahagi a instruit les services de la DGM d’interdire l’entrée, même informelle, de l’armée ougandaise dans cette zone.

Si le général Muhoozi évoque une coordination avec le gouvernement congolais pour ce retrait s’étendant de Lubero à Mahagi, ses publications sur X (anciennement Twitter) révèlent une motivation beaucoup plus politique. L’Ouganda semble exiger la tête du Lieutenant-Général Luboya Nkashama Johnny, actuel gouverneur militaire de l’Ituri.

« Toutes les troupes de l’UPDF se retireront de Lubero dans les prochains jours si le gouverneur de l’Ituri n’est pas changé », a martelé le fils du président Museveni. Cette déclaration confirme que la collaboration entre l’administration militaire de l’Ituri et le commandement ougandais est désormais dans l’impasse, Kampala percevant le gouverneur Luboya comme un obstacle à ses intérêts ou à sa stratégie sur le terrain.

Ce retrait annoncé coïncide étrangement avec des mouvements de troupes des rebelles de l’AFC-M23 dans certaines zones du territoire de Lubero. Pour de nombreux observateurs, ce télescopage des agendas interroge sur la solidité des alliances régionales.

Alors que les sources officielles de Kampala n’ont pas encore formalisé ce retrait par les canaux diplomatiques habituels, la menace est prise au sérieux à Kinshasa. La question est désormais de savoir si cette crise sera résolue par la voie diplomatique ou si elle marque la fin de l’accord militaire permettant à l’Ouganda d’opérer sur le sol congolais.

Azarias Mokonzi

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