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De la RDC au Venezuela : Deux citoyens congolais alertent sur la banalisation de la force militaire sous l’ère Trump

De la RDC au Venezuela : Deux citoyens congolais alertent sur la banalisation de la force militaire sous l’ère Trump

Deux citoyens congolais originaires de l’Est de la République démocratique du Congo viennent d’adresser, ce 10 janvier 2026 depuis Rutshuru, une lettre ouverte d’interpellation au président des États-Unis d’Amérique, Donald J. Trump. Dans ce document, ils appellent au respect du droit international, des droits humains et des principes de solidarité entre les États, en s’appuyant notamment sur la Charte des Nations Unies.

Dès l’entame de leur correspondance, les signataires affirment s’exprimer avec le respect dû à la haute fonction du président américain, mais évoquent « la responsabilité morale et civique qu’imposent les principes universels consacrés par le droit international, les droits humains et la Charte des Nations Unies ». Se présentant comme « deux citoyens congolais originaires de l’Est de la République Démocratique du Congo », ils rappellent que cette région est profondément marquée par des conflits armés récurrents, des violences de masse et une instabilité chronique.

Les auteurs soulignent le lourd tribut humain payé par la RDC depuis plusieurs décennies.
« Depuis 1994, notre pays a payé un tribut humain incommensurable, avec des millions de vies perdues, des populations déplacées et des générations entières contraintes de grandir dans un environnement dominé par l’insécurité, la peur et le sentiment d’abandon de la communauté internationale », écrivent-ils, et estiment que cette réalité confère à leur parole une légitimité morale.

Dans leur analyse, les signataires insistent sur la responsabilité particulière des États-Unis dans la préservation de l’ordre international. Ils rappellent que « la place singulière qu’occupent les États-Unis d’Amérique sur la scène internationale leur confère une responsabilité particulière dans la préservation de l’ordre international fondé sur le droit, tel que consacré à l’Article 1 de la Charte des Nations Unies ». Toutefois, ils disent exprimer de profondes inquiétudes face à certaines orientations de l’administration américaine, notamment en lien avec la situation au Venezuela.

Selon eux, « les événements relatifs au Venezuela, notamment les accusations faisant état d’actions assimilées à des tentatives de coercition ou d’atteinte à l’autorité du Président de cet État, ont été largement perçus comme une remise en cause du principe de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États ». Ils estiment que de telles pratiques, même lorsqu’elles sont justifiées par des arguments sécuritaires ou démocratiques, « fragilisent l’ordre juridique international » et créent des précédents dangereux.

La lettre met en garde contre la banalisation du recours à la force militaire, soulignant que « le fait de recourir à la force militaire sur le territoire d’un autre État, en dehors des cadres strictement prévus par le droit international, risque d’ouvrir la voie à une dangereuse banalisation de la violence armée comme instrument de politique étrangère ». Les auteurs citent plusieurs conflits contemporains, estimant que ces précédents pourraient être invoqués pour « tenter de légitimer d’autres interventions militaires à travers le monde ».

Les signataires dénoncent également ce qu’ils qualifient d’« acceptation tacite ou sélective » de certaines pratiques, qui, selon eux, « affaiblit gravement l’universalité du droit international » et installe « un système à géométrie variable où la force prime sur le droit, au détriment des peuples les plus vulnérables ». Ils évoquent par ailleurs les pressions diplomatiques répétées et les tensions régionales accrues dans plusieurs zones du globe, qu’ils jugent contraires à l’esprit de coopération internationale.

Pour les peuples du Sud global, soulignent-ils, ces stratégies ne sont pas abstraites. « Elles se traduisent par des conséquences humaines directes et dramatiques : guerres prolongées, sanctions économiques qui frappent prioritairement les populations civiles, affaiblissement des institutions étatiques et banalisation de la violence », écrivent-ils, sans oublier de rappeler que le peuple congolais « sait trop bien ce que coûte l’absence de solidarité effective entre les États ».

Tout en précisant que leur démarche « ne constitue ni un acte d’hostilité, ni une remise en cause du peuple américain », les auteurs parlent d’une interpellation de conscience. Ils formulent ainsi le vœu que le leadership américain contribue « au renforcement de la paix mondiale, au respect scrupuleux du droit international et à une solidarité authentique entre les peuples ».

Notons que cette lettre est signée par Moïse Kyavu et Valet Chebujongo, deux citoyens congolais originaires du territoire de Rutshuru, dans l’Est de la République démocratique du Congo.

La rédaction

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