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Pourquoi la Somalie hante encore Washington : Lecture géopolitique de Julien Paluku

Pourquoi la Somalie hante encore Washington : Lecture géopolitique de Julien Paluku

Dans une tribune publiée le 11 janvier 2026, le ministre congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, propose une lecture géopolitique reliant deux espaces et deux époques : la Somalie des années 1990 et le Venezuela contemporain. Au cœur de son analyse, un traumatisme stratégique majeur pour Washington : l’échec militaire américain à Mogadiscio en 1993.

L’auteur situe d’abord son propos dans une perspective personnelle et générationnelle. « Les jeunes générations ne saisissent peut-être pas toute la portée de ces événements. J’étais personnellement en fin de cycle (Bac+3) lorsqu’en 1993, le monde assistait à une scène inédite et brutale à Mogadiscio », écrit-il, et souligne l’impact durable de ces images sur la conscience collective internationale.

Julien Paluku revient ensuite sur l’effondrement de l’État somalien au début des années 1990. Après la chute du dictateur Siad Barre en janvier 1991, le pays bascule dans une lutte de pouvoir entre deux figures clés. « Le premier ayant été proclamé Président intérimaire, le second conteste ce titre, estimant être le véritable artisan de la victoire contre Siad Barre », rappelle-t-il, en référence à Ali Mahdi Mohamed et au général Mohamed Farrah Aidid.

La rivalité dégénère rapidement en conflit armé. « En 1993, la bataille pour le contrôle de Mogadiscio fait rage et la capitale se retrouve scindée en deux », écrit l’ancien gouverneur du Nord-Kivu, décrivant un chaos urbain total. Cette guerre provoque une famine d’une ampleur dramatique, dont les images vont bouleverser l’opinion mondiale.

L’auteur établit un parallèle avec un autre choc visuel sur le continent africain, celui de la célèbre photographie prise au Soudan par Kevin Carter. Il rappelle que ce cliché, montrant « un enfant agonisant sous l’œil d’un prédateur », a suscité une émotion planétaire.

Julien Paluku cite longuement la lettre laissée par le photographe, dans laquelle celui-ci confiait, «je suis hanté par les souvenirs vivaces de tueries et de cadavres et de colère et de douleur… d’enfants affamés ou blessés… ».

C’est dans ce contexte d’urgence humanitaire que l’ONU et les États-Unis lancent l’opération « Restore Hope ». Mais sur le terrain, la mission se heurte à la réalité des milices armées. « Face aux milices qui détournent l’aide alimentaire, l’ONU tente un désarmement forcé. Se sentant directement visé, le général Aidid entre en résistance ouverte contre les Casques bleus », explique Julien Paluku.

La situation dégénère rapidement. « Du coup, 24 Casques bleus sont massacrés », écrit-il, un épisode qui pousse Washington à engager ses unités d’élite, les Rangers et la Delta Force, avec une mission précise, celle de capturer Aidid. L’opération, restée dans l’histoire sous le nom de « Black Hawk Down », tourne au désastre.

Julien Paluku en décrit longuement les conséquences. Selon lui, «ce qui devait être une mission éclair de 15 minutes se transforme en un combat urbain sanglant de plus de 15 heures. Dix-huit soldats américains perdent la vie et leurs corps sont traînés dans les rues de Mogadiscio devant les caméras du monde entier ». Sous le choc de ces images, dit-il, le président Bill Clinton ordonne le retrait des troupes américaines, sous la pression de l’opinion publique.

Pour l’auteur, cet épisode marque la naissance de ce qu’il appelle le « Syndrome de Somalie ». Il souligne que les analyses stratégiques identifient clairement les causes de cet échec, notamment « un manque de renseignements précis, une vulnérabilité aérienne et une chaîne de commandement complexe ».

Mais loin de rester un simple revers militaire, la Somalie devient, selon lui, un tournant doctrinal. « Cet échec marque l’avènement de la doctrine “Zéro Victime” (Zero Casualty Policy) », écrit Julien Paluku. Il précise que « désormais, les États-Unis privilégient les frappes chirurgicales, les drones et les interventions technologiques pour minimiser les pertes humaines au sol ».

Cette transformation stratégique explique, selon l’auteur, les opérations ciblées menées plus tard par Washington, notamment contre Oussama Ben Laden en 2011. Elle permet aussi de comprendre l’approche américaine face au Venezuela.
« Voilà pourquoi au Venezuela, l’objectif du président Trump n’était pas une guerre frontale contre le peuple, pour éviter le pire, mais une opération ciblée visant Nicolas Maduro », affirme-t-il, sans oublier d’évoquer les accusations de narcoterrorisme portées contre le chef de l’État vénézuélien.

Julien Paluku Kahongya élargit la portée de son analyse au-delà du cas américain. « Le traumatisme de 1993 a servi de leçon capitale », écrit-il, avant de livrer un message plus universel, selon lequel
« l’échec définit les limites à ne plus franchir et les compétences à acquérir ».

La rédaction

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