RDC-Rwanda : Le retour des réfugiés, vitrine d’une paix encore fragile
La République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda affichent un rare visage d’entente. Réunis ce 24 juillet à Addis-Abeba avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), les deux pays ont relancé officiellement le processus de rapatriement volontaire des réfugiés. Une initiative saluée comme une avancée, mais qui soulève aussi des questions sur ses véritables motivations et son applicabilité dans un contexte de guerre non encore éteinte.
Treize ans après la signature des Accords Tripartites de 2010, Kinshasa et Kigali annoncent un redémarrage de la coopération en matière de rapatriement. Le calendrier de la réunion ne serait pas anodin. Elle intervient quelques semaines après la signature de deux textes majeurs, notamment l’Accord de Paix de Washington entre la RDC et le Rwanda, le 27 juin 2025, et la Déclaration de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, le 19 juillet dernier.
Les trois parties ont dit salué ces efforts diplomatiques et insisté sur le rôle des instances régionales et internationales. « Les Parties ont exprimé leur appréciation pour le rôle joué de manière continue par l’Union Africaine et l’Organisation des Nations Unies dans la promotion de la paix, de la sécurité et du dialogue dans la région« , souligne le communiqué final.
Mais cette relance du processus interroge. Peut-on parler de « retour volontaire, sûr, digne et éclairé des réfugiés« , alors même que les affrontements se poursuivent dans plusieurs zones frontalières de l’est congolais ? Si les parties réaffirment « leur engagement en faveur du retour volontaire comme pierre angulaire des solutions durables« , les observateurs notent que les combats qui opposent les FARDC et les groupes armés proches du M23 n’ont pas totalement cessé.

Le choix de commencer par le rapatriement de 600 réfugiés rwandais actuellement présents au centre de transit de Goma ne semble pas anodin. Il constitue un geste politique fort de Kigali, mais aussi une démonstration pour Kinshasa, qui tente de prouver sa volonté d’apaisement. Le texte insiste d’ailleurs sur la nécessité d’ »impliquer les administrations légalement établies de la RDC, sous la coordination du HCR« .
L’initiative vise aussi à rassurer les partenaires internationaux et à attirer des financements dans une région en proie à une crise humanitaire massive. « Les Parties ont appelé à impliquer les donateurs, les institutions financières internationales et les partenaires de développement pour assurer un soutien durable au retour volontaire« , peut-on lire.
Ce retour de diplomatie tripartite permet également au Rwanda et à la RDC d’envoyer un signal de bonne foi à leurs alliés, alors que les critiques internationales s’étaient multipliées ces derniers mois sur la poursuite des hostilités malgré les engagements de paix.
Reste à savoir si cette feuille de route se traduira réellement sur le terrain. Car derrière les déclarations, les obstacles restent nombreux comme l’insécurité persistante, la méfiance des réfugiés, la désorganisation des circuits de retour, ou encore la faible capacité d’accueil dans les zones de réintégration.
Le texte lui-même reconnaît la nécessité de créer des conditions propices pour les réfugiés et les agences humanitaires, mais appelle aussi à renforcer les mécanismes de consultation avec les communautés et la communication auprès des réfugiés.
Cette réunion, bien qu’historique dans sa forme, s’inscrit davantage comme une opération diplomatique qui vise à conforter les engagements de paix qu’un véritable retour massif à la stabilité. La RDC comme le Rwanda savent que le regard de la communauté internationale est braqué sur la région. Reste à voir si cette volonté affichée de coopération survivra à la dure réalité des tensions sur le terrain.
La rédaction