RDC : Justice capturée, nation en péril, alerte la CENCO
Dans un contexte marqué par la fragilité politique et les tensions sécuritaires, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) s’inquiète d’un climat national de plus en plus délétère. À travers un message lu par son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, les évêques catholiques dénoncent une justice instrumentalisée, des consultations politiques inefficaces, et une gouvernance fragilisée par des dérives graves.
« Le pays a besoin d’unité, mais nous assistons à une grande crispation du climat politique », a déclaré Mgr Nshole lors de la lecture du message officiel, pointant du doigt l’échec partiel des démarches de formation d’un gouvernement d’union nationale.
Malgré la tenue des États Généraux de la Justice et les nombreuses interpellations du Chef de l’État, le système judiciaire congolais continue d’être miné par des pratiques politiques opaques. Pour la CENCO, la justice reste une arme au service des plus puissants.
« La justice est très politicienne, à plusieurs niveaux. Pour régler les comptes aux adversaires politiques, on use de son influence pour créer un dossier, monter les preuves », a fustigé Mgr Nshole dans une sortie médiatique récente.
Selon lui, même les décisions rendues en toute indépendance sont souvent ignorées ou entravées dans leur exécution.
L’appel présidentiel à la formation d’un gouvernement d’union nationale visait une décrispation politique post-électorale. Mais la CENCO constate que ces consultations se déroulent dans un environnement de suspicion et de blocage, où les intérêts partisans prennent le pas sur l’intérêt national.
« Ces concertations se font dans un climat de méfiance, sans vision commune », déplore l’organe épiscopal, estimant que la cohésion nationale reste un vœu pieux sans réels engagements concrets.
L’une des accusations les plus graves formulées par les évêques concerne la multiplication des cas de spoliations foncières. La CENCO affirme que même l’Église catholique est victime de ces pratiques, qu’elle qualifie de « courantes » et de plus en plus institutionnalisées.
Pour apaiser les tensions, la CENCO, en collaboration avec l’Église du Christ au Congo (ECC), a initié un « Pacte social pour la paix et le vivre ensemble ». Une démarche qui vise à ramener les Congolais autour d’une table de dialogue, loin des rapports de force actuels.
« Il y a des choses qui pourront être réglées si les Congolais acceptent de se mettre autour d’une même table », a affirmé Mgr Nshole, appelant à un retour à la concertation nationale sincère.
Dans ce contexte de tension, des incidents alarmants surviennent : récemment, la confiscation momentanée du passeport de Mgr Nshole par les services de migration à Lubumbashi a provoqué l’indignation de la CENCO, qui y voit une tentative d’intimidation.
« Nous dénonçons toute forme de harcèlement et d’atteinte aux droits fondamentaux », a réagi la structure épiscopale dans une note adressée aux autorités.
Le message des évêques sonne comme un signal d’alarme. Sans réforme réelle de la justice, sans concertation sincère et sans volonté politique affirmée, le pays risque de s’enliser dans une crise institutionnelle durable. Pour la CENCO, seule une réponse forte et un sursaut éthique permettront de restaurer la confiance des citoyens.
« La paix ne s’impose pas ; elle se construit par la justice, le dialogue et la vérité », conclut le message.
Eugène Vomba