Tuerie des civils à Goma : Gros plan sur la journée noire du mercredi 30 Août

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Pourtant chef des opérations militaires et gouverneur du Nord-Kivu, le lieutenant général Ndima Kongba Constant serait en disgrâce avec Kinshasa ?

Depuis presque tout le mois d’août, la secte des Wazalendo annonce pour le trente Août, une manifestation dite « contre l’impérialisme en RDC ». A Goma où la manifestation devait se tenir, Ephraïm BISIMWA, leader de la secte, annonce pour ce jour là, une paralysie totale des activités dans la ville touristique : « Pas des véhicules privés, pas des taxis bus, pas des boutiques et magasins ouverts, seuls les taxis motos auront le champ libre pour circuler dans la ville », déclarait le « prophète » BISIMWA, via les ondes de sa radio qui devenait populaire en ville de Goma.
Quelques heures avant la tenue de la manifestation annoncée (soit 24h avant), le maire de la ville notifie le prophète et ses fidèles que la manifestation n’est pas autorisée. BISIMWA réplique et signifie à l’opinion que rien ni personne ne va l’arrêter: « Nous sommes des Congolais non violents. Tout élément de l’ordre qui tentera de nous disperser faira face à nos ancêtres, la force de Lumumba, Kimbangu et Mzee Kabila qui depuis l’au-delà, dans la spiritualité, sont d’accord avec notre démarche », déclarait BISIMWA.

Ce qui s’est passé le 29 et le 30 Août

Comme à l’accoutumée, chaque fois qu’une manifestation est annoncée par l’organisateur et interdite par l’autorité, un déploiement des forces de l’ordre est constaté dans les coins chauds de la partie Ouest de Goma à partir de l’entrée présidentielle. Éléments de la police et des militaires FARDC sont visibles.
Aux premières heures du mercredi 30 Août (à 4h du matin), BISIMWA fils de Ephraim, Aminatha son animatrice radio et d’autres personnes, sont présentes dans les installations de la RTNM, sa radio. Le premier read est lancé contre ces installations, drones de reconnaissance dans les airs, les éléments avec des tenues militaires très différentes à celles de ceux qui ont été aperçus dans les parages depuis la dernière soirée, font irruption dans les installations. Des discussions s’en suivent, puis des coups de balles. Sur place aux premières lueurs de l’aube, « on constate 6 morts, quelques blessés et le prophète est emporté par ces militaires congolais que nous avons eu du mal à identifier », témoigne un membre de l’église.

Aux environs de 6h30′, au rond point de l’Université Libre des Pays des Grands Lacs, l’on constate l’arrivée des troupes des unités récemment déployées à Goma par les FARDC. « Au minimum 12 jeeps militaires pleines d’éléments et deux camions, communément appelés Kamaze. Ils n’ont pas échappé à la curiosité, mais l’unique personne qui tentait de prendre une photo, a vite été arrêtée et emportée par ces éléments. Ils ont passé au moins dix minutes, ça discutait trop au Motorola et parmi eux on pouvait apercevoir deux personnes en tenue civile. Après près de dix minutes, ils sont répartis et ont pris la direction vers le nord, soit vers terminus Katindo, non loin du temple des Wazalendo », témoigne un observateur de la scène sous anonymat.

Au niveau du terminus Katindo, les témoins nous renseignent que ces éléments ont pris la direction de Nyabushongo. Déployés la veille, les militaires et policiers gardent leurs positions. De là, à partir de 6h50′ minutes, les coups de balles retentissent et ce ne sont pas les moindres, on dirait une guerre. L’accès à l’avenue Nyabushongo est compliqué, il est interdit de filmer. Austère Malivika, journaliste reporter de la VOA kiswahili à Goma est même interpellé, puis relâché quelques heures après. Sous une pluie des coups de feu, les morts s’enregistrent en cascade, quelques images amatrices fouitent et c’est l’horreur dans les réseaux sociaux.
Dans l’une des vidéos, on peut voir les éléments de cette force qui semble spéciale, traîner des corps, qui par la jambe, qui par le bras, pour ensuite les jetter, tel des colis des pommes de terre, dans un véhicule. A cette heure là, il est difficile de comptabiliser avec exactitude les morts.

Aux environs de 12h, c’est l’accalmie. Le Porte-parole du gouverneur militaire du Nord-Kivu, le Colonel NJIKE KAIKO Guillaume, signe la première sortie médiatique. Il fait un bilan provisoire de 6 morts et présente une cinquantaine des personnes arrêtées, qui selon lui, sont des drogués, achetés par des billets de banque, et armés pour perturber la quiétude de la ville.

Un bilan vivement contesté par plusieurs, même les membres du M23, dont Bertrand BISIMWA via son compte Twitter. A Goma, les sources indépendantes parlent de plus de 50 morts, et sans faire une annonce officielle, un des responsables terrain de la croix rouge va affirmer plus tard et hors micro que lui a comptabilisé au moins 47 morts, sans compter nombreux parmi les blessés, qui sont entre la vie et la mort.

Le discrédit sur l’autorité provinciale

Sans vouloir trop s’expliquer et sans laisser la chance à l’autorité provinciale d’évoluer avec des chiffres, par ce qu’avant elle a parlé d’un bilan provisoire, Kinshasa commence par condamner ce qui s’est passé à Goma. Alors que l’autorité provinciale garde encore son bilan, lui qui est chef des opérations militaires en province. Des sources dites proches de l’armée, donnent d’autres chiffres à des médias étrangers, dont l’Agence Française de Presse, AFP en sigle.

De nombreux défenseurs des droits humains crient haut et fort pour que les auteurs de ces actes soient urgemment condamnés, certains allant jusqu’à pointer directement le gouverneur militaire, du fait que dans la communication faite par son porte-parole le même mercredi, il avait été indiqué que : « Les forces de défense et de sécurité ont pris toutes les précautions et ont stoppé professionnellement les aventures de ces fauteurs des troubles, jouant le jeu de l’agresseur M23/RDF ». Le professionnalisme dont faisait allusion le lieutenant général Constant NDIMA, gouverneur de province à travers son communiqué, laisse plusieurs questionnements dans le chef des observateurs, qui tous estiment qu’en face des civils non armés, l’opération devait se planifier autrement, surtout que même la manifestation annoncée, n’avait pas été tenue.

La Rédaction

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