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Tazama RDC

RDC : La « soudanisation » prédite par Kabila est-elle devenue son propre projet ? (Billet d’Azarias Mokonzi)

RDC : La « soudanisation » prédite par Kabila est-elle devenue son propre projet ? (Billet d’Azarias Mokonzi)

L’histoire de la République démocratique du Congo s’écrit à nouveau en lettres de sang et d’incertitude. L’annonce officielle de la prise de tête de la rébellion à Goma par l’ancien président Joseph Kabila, désormais aux commandes du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) structure succédant à la coalition AFC-M23, vient de matérialiser les craintes les plus sombres sur l’avenir de notre unité nationale. Pour comprendre les racines de cette bascule historique, il faut impérativement revisiter le réquisitoire qu’il avait dressé contre la gouvernance de son successeur.

Chronique d’une rupture annoncée : de la parole aux armes

Souvenons-nous. Lors de sa rupture définitive de silence, Joseph Kabila avait fustigé la gestion de Félix Tshisekedi, rappelant avec insistance qu’il avait légué en 2019 un pays pacifié, réunifié et aux frontières héritées de 1960 respectées.

Dans ce réquisitoire, il s’était abrité derrière son identité première : « Militaire je l’étais, militaire je le suis », invoquant son serment de défendre la patrie en péril. À l’époque, l’ancien chef de l’État avait explicitement alerté les Congolais contre un risque imminent de « soudanisation » de la RDC, c’est-à-dire un éclatement par fragmentation interne.

Aujourd’hui, le constat est implacable : le temps des alertes est révolu, celui des armes a commencé. En s’affichant à Goma aux côtés de figures telles que Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et le général Sultani Makenga, Kabila ne fait pas qu’entrer en dissidence. Il valide, sciemment ou non, l’agenda le plus redoutable pour l’intégrité du territoire.

Conscient de l’absence d’un ancrage et d’un agrément populaire massif pour sa rébellion à l’échelle nationale, Joseph Kabila pourrait céder à la tentation de la gouvernance de fait des territoires sous son contrôle. Le danger majeur réside désormais dans la transformation des zones occupées en un pseudo-État indépendant ou confédéré.

Cette stratégie fait écho aux alertes persistantes des experts de l’ONU, qui mettaient déjà en garde contre le projet sous-jacent d’un « État fédéral du Congo », une initiative précédemment dévoilée par Corneille Nangaa. Plus inquiétant encore, les déclarations passées de cadres de la rébellion comme Bertrand Bisimwa affirmant que si Kinshasa refusait de reconnaître les droits des Banyamulenge, ces derniers se détacheraient avec leurs terres résonnent aujourd’hui comme le mode d’emploi d’une sécession programmée.

Les révélations d’acteurs politiques, à l’instar de Patrick Mundeke, conseillé et proche de Moïse Katumbi, évoquant la fabrication clandestine de nouveaux drapeaux et la rédaction d’une constitution parallèle, ne font que renforcer cette hypothèse.

Pour viabiliser cet ensemble factice, la tentation sera grande pour le FRN de poursuivre son offensive militaire vers le Katanga, poumon économique de la République. L’objectif stratégique est non seulement de priver Kinshasa de ses ressources budgétaires vitales, mais surtout adosser l’économie de cette zone occupée aux intérêts du Rwanda.

Kigali, qui convoite depuis des décennies les ressources minières congolaises et maintient un agenda d’ingérence régionale, trouverait là l’opportunité parfaite pour parachever son plan d’annexion économique, si ce n’est territoriale.

L’émiettement du Congo en marche

En acceptant de devenir la vitrine politique et militaire de ce mouvement, Joseph Kabila commet un choix dramatique. Loin de « sauver » le pays comme le prétend sa rhétorique, cette initiative concrétise l’émiettement du Congo. Les informations persistantes faisant état de la préparation imminente d’un « gouvernement de transition » rebelle à Goma ne font que valider cette analyse : nous assistons à la mise en place des structures de la balkanisation.

Face à ce péril existentiel, le peuple congolais ne peut rester spectateur. Derrière les querelles de légitimité politique entre régimes passés et présents se joue l’existence même de la RDC dans ses frontières de 1960. Il est temps que la conscience nationale se réveille avant que la ligne de front ne devienne une frontière définitive.

Azarias Mokonzi

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