RDC : le BEARIC réclame une enquête internationale sur l’utilisation des enfants dans les groupes armés
Alors que la République Démocratique du Congo avait enregistré des progrès significatifs dans la mise en place de mécanismes pour éradiquer la présence des enfants au sein des forces et groupes armés, la résurgence des conflits actuels menace d’annihiler des décennies d’efforts. C’est le cri d’alarme lancé par Jimmy Kighoma, chercheur en gouvernance sécuritaire et responsable du Bureau d’études et d’accompagnement des relations internationales en RDC (BEARIC), en réaction au dernier rapport alarmant de l’Association pour la promotion des droits des enfants et des femmes vulnérables (APDEF).
Selon l’expert, le contexte sécuritaire dégradé sert aujourd’hui de prétexte à une impunité totale.
« La RDC a tellement avancé en termes de mécanismes de lutte contre la présence des enfants dans les groupes armés. Et malheureusement, apparemment avec le contexte actuel de la guerre, tout est permis », déplore Jimmy Kighoma.
Le chercheur pointe du doigt la responsabilité de certains citoyens congolais qui profitent du chaos ambiant pour exploiter la détresse de la jeunesse :
« Certains continuent à recruter les enfants. Certains compatriotes créent des groupes armés et se servent de l’ignorance des enfants pour les manipuler ».
L’un des points les plus sensibles soulevés par le responsable du BEARIC concerne les milices d’autodéfense locales, communément appelées « Wazalendo », dont le gouvernement a officiellement reconnu le rôle de partenaires de sécurité face aux agressions extérieures.
Tout en comprenant la nécessité de la défense de la patrie, Jimmy Kighoma exige des autorités un contrôle rigoureux et immédiat de ces structures.
« Si le gouvernement a accepté officiellement de travailler avec les Wazalendo, autant il doit y remettre de l’ordre, car certains groupes jugent bon d’enrôler les enfants et de les utiliser dans des faits purement militaires », martèle-t-il.
Face à ce qu’il qualifie de sabotage de l’avenir de milliers d’enfants congolais, le chercheur estime que la justice congolaise doit agir en première ligne, mais que l’heure est venue de mobiliser les instances internationales face à l’inertie générale.
« À l’interne, la justice doit réprimer ces infractions avant de voir la justice internationale s’en enquérir. Les auteurs doivent être sévèrement sanctionnés », rappelle-t-il, avant de hausser le ton contre l’inaction des décideurs.
« Le silence tant du gouvernement que de la communauté internationale est coupable. C’est pourquoi nous appelons à une enquête internationale indépendante pour établir les responsabilités. Les auteurs doivent répondre devant la justice internationale ».
Le rapport de l’APDEF, appuyé par cette analyse rigoureuse du BEARIC, remet au centre du débat public la protection de l’enfance en période de conflit.
Azarias Mokonzi