Tazama RDC

Nord-Kivu : La réintégration des ex-combattants à Lubero freinée par l’insécurité et le rejet social

Nord-Kivu : La réintégration des ex-combattants à Lubero freinée par l’insécurité et le rejet social

Les ex-combattants réinsérés dans la communauté en territoire de Lubero font face à des menaces sécuritaires de la part de leurs anciens chefs de groupes armés ainsi qu’à des difficultés d’acceptation au sein de leurs communautés d’accueil. Ces révélations ont été faites ce samedi 13 juin 2026 par la société civile locale lors d’une tribune d’expression populaire organisée par benenfance Congo dans le cadre du projet (Dela base au monde: responsabiliser les communautés dans le processus de consolidation de la Paix), projet financé par le ministère des affaires étrangères du pays bas. Ce projet est exécuté par benenfance dans les provinces du nord et sud kivu sous dans un consortium avec SFCG SEARCH FOR COMMON GROUND.

Muhindo Tafuteni, président de la société civile du territoire de Lubero, indique que les difficultés rencontrées par les ex-combattants au sein de la communauté sont nombreuses. Selon lui, ces derniers sont difficilement acceptés par les habitants en raison de leur passé au sein des groupes armés et parfois de leur implication présumée dans des actes d’insécurité.

Au-delà de cette méfiance, leur réinsertion pose également un problème d’encadrement à travers des initiatives susceptibles de leur permettre de s’adapter plus facilement à leur nouvelle vie civile. La société civile révèle aussi que les menaces de leurs anciens chefs continuent de peser sur eux. Ces derniers leur reprochent souvent d’avoir quitté les groupes armés avec des armes, des munitions ou d’autres effets militaires, une situation qui affecte sensiblement les stocks de ces mouvements.

« Les ex-combattants eux-mêmes sont exposés à beaucoup de menaces. Les chefs des groupes dans lesquels ils étaient ne sont pas contents lorsqu’ils se rendent avec les armes. L’autre menace, c’est celle de la communauté qui garde en mémoire les dégâts commis par les combattants dans leurs groupes respectifs », a-t-il souligné, tout en proposant l’organisation d’un dialogue entre le PDDRC-S et les chefs des groupes armés afin de mieux faire comprendre l’importance de la reddition et du soutien aux processus de paix.

Pour le PDDRC-S, les chefs de groupes armés sont suffisamment informés sur cette question et ne devraient pas recourir à des menaces contre les ex-combattants qui choisissent volontairement de se rendre.

« Les responsables des groupes armés reconnaissent l’existence du PDDRC-S. Ils connaissent la valeur du document que nous octroyons aux ex-combattants. Ils agissent délibérément et cette attitude constitue un abus », a déclaré un agent de ce programme placé sous l’autorité de la Présidence de la République dans le cadre de la lutte contre la circulation illégale des armes.

Pour Benenfance, cette tribune d’expression populaire visait à évaluer la compréhension qu’a la population de la situation des ex-combattants déjà réinsérés et à identifier les mesures nécessaires pour favoriser une cohabitation harmonieuse.

« Nous avons organisé cette activité afin d’offrir un espace d’échanges entre la communauté et le PDDRC-S pour discuter de la gestion des combattants, particulièrement de leur réinsertion et de leur réintégration communautaire. À travers cette activité, nous voulons également briser les rumeurs qui circulent autour du PDDRC-S et selon lesquelles ce programme ne ferait pas correctement son travail », a expliqué Patrice Auma, officier de projet au sein de Bénévolat pour l’Enfance, dans le cadre du projet « De la base au monde ».

Il convient de préciser que des centaines d’ex-combattants ont déjà été réinsérés dans la communauté. Cependant, leur encadrement a commencé à poser problème avec l’avancée de la rébellion du M23-AFC, qui a perturbé les activités du centre de transit de Kasando, situé au sud du territoire de Lubero. Les activités reprennent progressivement à travers une approche de DDR mobile.

David Mayani

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *