Nord-Kivu/ 3 mai 2026: La liberté de la presse à l’honneur dans un contexte sombre pour les journalistes
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée ce dimanche 3 mai, l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, a organisé une marche de santé dite « de résilience » afin de rappeler à l’opinion publique l’importance de maintenir une presse libre. Les journalistes ont défilé en brandissant des messages dénonçant les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur métier, dans un contexte marqué par la guerre et des tensions armées persistantes.
Selon Valery Mukosasenge, président de la commission de discipline de l’UNPC au Nord-Kivu, cette initiative vise à dénoncer les abus dont sont souvent victimes les professionnels des médias, tout en rappelant la nécessité de garantir leur protection. Une conférence est prévue le lundi 4 mai à Beni, réunissant plusieurs journalistes autour de la thématique de la liberté de la presse.
« Nous avons marché avec nos effigies pour montrer à la face du monde que la liberté de la presse s’impose. Nous avons également voulu faire passer un message clair : la presse doit être libre et refléter les attentes de la population, c’est-à-dire fournir une information en toute liberté, mais surtout une information vérifiée face aux rumeurs. Vous savez, nous sommes en état de siège, et l’ennemi peut diffuser de fausses informations, des intox. Notre rôle, en tant que journalistes, est de donner la bonne information à la population. Le lundi 4 mai, nous nous retrouverons en salle pour échanger avec les autorités provinciales invitées, afin de rappeler que, même en période de guerre, la presse doit être respectée et exercer librement », a-t-il déclaré.
Dans la ville de Goma ainsi que dans les territoires de Nyiragongo, Masisi, Walikale, Rutshuru et Lubero, plusieurs journalistes ont été contraints de se déplacer en raison des menaces sécuritaires qui pèsent sur eux et compromettent l’exercice de leur profession. Dans le territoire de Lubero, considéré comme un verrou stratégique face à l’avancée de la rébellion du M23/AFC vers le Grand Nord, la situation demeure particulièrement préoccupante.
Le président de l’UNPC dans cette partie de la République Démocratique du Congo s’exprime à ce sujet. A l’en croire, même dans les zones abandonnées par la rébellion, les conditions de travail restent difficiles pour les professionnels des médias. « Même si certaines zones du territoire de Lubero ont été abandonnées par l’AFC/M23, la situation n’a pas changé. Le contexte reste critique et les conditions de travail sont très difficiles. Dans les zones sous contrôle gouvernemental, nous enregistrons de plus en plus de cas d’interpellations et de menaces de la part des services de sécurité à l’endroit des journalistes venant des zones occupées par le M23/AFC. Ils sont souvent suspectés d’y être restés volontairement, alors que c’est contre leur gré, faute de moyens pour se déplacer. Ceux qui ont fui vivent sans assistance dans leurs zones d’accueil depuis plus de deux ans. Dans les zones encore occupées, les journalistes ont presque abandonné leur métier, incapables de produire des contenus locaux par crainte pour leur sécurité et de violer le code d’éthique et de déontologie. Ils se limitent à des chroniques musicales ou sportives, ou à des sujets sociaux, loin des questions politiques », a déclaré Jean Maliro dans une interview accordée à TazamaRDC.
Signalons que depuis le début du conflit, les journalistes font face à de multiples menaces sécuritaires. Certains ont perdu leur matériel en fuyant les violences, tandis que d’autres ont été victimes d’extorsions ou de saisies opérées par différents services de sécurité à travers plusieurs entités administratives. Malgré ce contexte difficile, la presse continue de témoigner et de documenter les réalités du terrain au quotidien.
David Mayani