Masisi : Après plusieurs éboulements meurtriers, la société civile exige la fermeture du site minier de Rubaya
Les organisations de la société civile du Nord-Kivu tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme après une série de catastrophes humaines enregistrées sur le site minier de Rubaya, situé dans le territoire de Masisi. Dans une déclaration rendue publique ce vendredi 13 mars à Beni, ces organisations expriment leur indignation face aux pertes humaines répétées et appellent à des mesures urgentes pour mettre fin à ce qu’elles qualifient d’exploitation dangereuse et anarchique des ressources minières.
Dans leur communiqué, elles affirment suivre avec inquiétude l’évolution de la situation dans cette zone minière devenue, selon elles, le théâtre de drames successifs. « Les organisations de la société civile du Nord-Kivu expriment leur profonde indignation et leur vive préoccupation face aux tragédies humaines répétées enregistrées sur le site minier de Rubaya, en territoire de Masisi, groupement Matanda, village Luundje, dans la province du Nord-Kivu à l’est de la République démocratique du Congo », écrivent-elles.
Selon ces organisations, un nouvel éboulement s’est produit le samedi 7 mars 2026 sur le site minier de Gakombe, dans la zone de Rubaya. Les premières informations recueillies sur place font état de lourdes conséquences humaines et matérielles. « Cet éboulement a détruit plusieurs habitations de Gatabi situé dans la notabilité de Kashovu, village Luundje, groupement Matanda à proximité du site et a enseveli plusieurs creuseurs artisanaux qui se trouvaient au même moment dans le ravin, localement appelé “mufereji”, pour leurs activités quotidiennes d’extraction mais aussi a tué des femmes et des enfants », rapporte la déclaration.
La société civile souligne que ce drame est loin d’être un cas isolé. Elle rappelle que plusieurs catastrophes similaires ont déjà frappé cette zone ces dernières semaines. « Ce drame constitue le troisième incident majeur enregistré en l’espace de 38 jours dans cette zone sous contrôle du Rwanda soutenu par la rébellion du M23/AFC. En date du 28 janvier 2026, un glissement de terrain avait déjà causé la mort de plus de 400 creuseurs artisanaux. Le 3 mars 2026, un autre éboulement avait entraîné la mort de plus de 300 personnes. En juin 2025, une catastrophe similaire avait coûté la vie à plus de 700 personnes », rappelle le document.
Pour ces organisations, la répétition de ces catastrophes révèle les conditions extrêmement précaires dans lesquelles se déroule l’exploitation artisanale des minerais dans cette région. Elles évoquent notamment une forte pression démographique autour des carrés miniers, l’absence d’encadrement technique et le non-respect des normes de sécurité.
La déclaration évoque également la présence présumée de combattants et d’autres acteurs impliqués dans l’exploitation minière. « Plusieurs sources concordantes de terrain indiquent clairement qu’une grande partie des creuseurs sont des militaires rwandais (RDF) et des ex-combattants FDLR rapatriés par la MONUSCO dans son programme DDRR. Ils sont envoyés par Kigali dans ces carrés miniers pour accélérer le pillage, ne disposant d’aucune formation », affirment les organisations signataires.
Elles dénoncent par ailleurs un système d’exploitation particulièrement dur pour les travailleurs présents dans ces mines. « Plus grave encore, un système d’esclavage sévit dans la zone : la majorité des ouvriers sont issus de l’ethnie Hutu. Ces derniers travaillent sous une forte pression, sans nourriture ni salaire et plusieurs enfants n’étudient plus car ils sont utilisés de force dans ces mines, en violation totale des droits fondamentaux et des textes légaux », poursuit la déclaration.
La société civile estime que cette situation s’inscrit dans une dynamique d’exploitation accélérée des ressources minières, impliquant selon elle plusieurs opérateurs économiques. « À cette insécurité s’ajoute une dynamique d’extraction accélérée menée en grande partie par des opérateurs économiques rwandais, qui ignorent les normes minimales de sécurité et accentuent la fragilité des sites. Le circuit commercial des minerais, orienté principalement vers le Rwanda, prive les communautés locales des bénéfices de leurs propres ressources et alimente des réseaux économiques parallèles contribuant à l’instabilité chronique de la région », dénoncent les organisations.
Face à cette situation jugée alarmante, la société civile du Nord-Kivu appelle à une série de mesures urgentes. Elle demande notamment la fermeture immédiate du site minier concerné, l’ouverture d’enquêtes pour établir les responsabilités dans ces catastrophes répétées, ainsi que des sanctions contre les acteurs impliqués dans l’exploitation illégale des minerais.
Elle invite également la communauté internationale à intervenir pour protéger les populations civiles et lutter contre l’exploitation des ressources naturelles qui, selon elle, contribue à alimenter la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.
Franck Kaky