Nord-Kivu : La société civile dénonce des manifestations forcées imposées à la population de Goma et Nyiragongo
Plusieurs organisations de la société civile du Nord-Kivu accusent la rébellion du M23-AFC d’avoir contraint des habitants de la ville de Goma et du territoire voisin de Nyiragongo à participer à des manifestations organisées après la mort d’une employée de l’UNICEF. Dans une déclaration rendue publique ce vendredi 13 mars, ces organisations dénoncent une « instrumentalisation » de la population civile et évoquent des pressions exercées sur les habitants pour les obliger à descendre dans la rue.
Dans ce document, la société civile affirme « élever ses voix avec une indignation patriotique pour dénoncer l’instrumentalisation scandaleuse et barbare de nos compatriotes de la ville de Goma et du territoire de Nyiragongo ». Selon les signataires, « la population est actuellement contrainte, sous la menace des baïonnettes, de participer à des mises en scène orchestrées par l’agresseur rwandais à travers ses supplétifs de la coalition terroriste M23-AFC ».
Les organisations estiment que les rassemblements observés ces derniers jours dans la ville de Goma ne reflètent pas une mobilisation spontanée de la population. Elles soutiennent que ces manifestations ont été organisées dans un contexte marqué par la mort de Carine, employée de l’UNICEF, tuée récemment lors d’une frappe de drone dont l’origine reste encore à déterminer.
« Ces manifestations forcées, faisant suite au décès tragique de Madame Carine, employée de l’UNICEF, ne sont qu’une parodie politique. Alors que l’origine du drone reste à établir par des enquêtes indépendantes, le M23-AFC tente désespérément de manipuler l’opinion internationale pour masquer ses propres crimes de guerre et l’occupation illégale de notre sol », affirment les organisations dans leur déclaration.
La société civile affirme également que des éléments armés auraient été déployés dans plusieurs quartiers de Goma et dans des villages du territoire de Nyiragongo afin de forcer les habitants à participer aux manifestations.
« Des combattants du M23-AFC, appuyés par des éléments armés, des policiers et des agents de leur service de renseignement, se sont déployés très tôt ce jeudi 12 mars 2026 dans plusieurs villages du territoire de Nyiragongo et quartiers de la ville de Goma pour arracher des habitants de leurs maisons, parfois en plein sommeil, afin de les forcer à participer à ces rassemblements », dénoncent les signataires.
Le document affirme que plusieurs catégories de la population auraient été contraintes de quitter leurs domiciles pour être acheminées vers différents points de rassemblement. « Des hommes, des femmes et des jeunes ont été contraints de quitter leurs foyers sous la menace des armes pour être conduits vers différents points de rassemblement, avant d’être transportés par des véhicules de marques Bennes, Mini-Bennes et FUSO vers la ville de Goma afin de créer l’illusion d’une mobilisation populaire », poursuit la déclaration.
Les organisations dénoncent aussi des pressions exercées sur les autorités locales. « Les chefs de villages et les notables du territoire de Nyiragongo ainsi que les chefs de quartiers de la ville de Goma ont été sommés de fournir un nombre déterminé de personnes pour ces manifestations, sous peine de perdre leur autorité ou de subir des représailles », indique le texte.
Selon la société civile, plusieurs jeunes qui auraient refusé de participer à ces rassemblements auraient été arrêtés. « Plusieurs jeunes qui ont osé refuser cette manipulation ont été arrêtés et conduits vers des endroits non précis jusqu’à présent », déplorent les organisations.
Un autre point particulièrement critiqué dans la déclaration concerne la présence présumée d’enfants lors de ces manifestations. Les organisations parlent d’un usage de mineurs à des fins de propagande.
« Des enfants mineurs ont été arrachés à leurs familles et jetés dans la rue pour servir de boucliers humains et donner une apparence de jeunesse révoltée à cette mascarade. L’utilisation d’enfants à des fins de propagande politique et militaire est un crime de guerre que la communauté internationale ne peut ignorer », affirment-elles.
Face à cette situation, la société civile du Nord-Kivu appelle la communauté internationale à prendre position. Elle demande notamment la condamnation de l’utilisation d’enfants dans les manifestations politiques et le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Les organisations appellent également à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les frappes de drones qui ont récemment touché Goma et Kisangani. Elles exhortent par ailleurs le gouvernement congolais à poursuivre ses efforts diplomatiques et militaires pour restaurer l’intégrité territoriale du pays.
Franck Kaky