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Aru : Quand le manque de réseau devient une menace de mort à la frontière du Soudan du Sud

Aru : Quand le manque de réseau devient une menace de mort à la frontière du Soudan du Sud

A l’heure où le monde est interconnecté par le numérique, une partie du territoire d’Aru, en province de l’Ituri, semble vivre en marge de la modernité. Dans la chefferie des Kaliko-Omi, l’absence de réseaux de communication fiables plonge la population dans un isolement numérique aux conséquences sécuritaires et économiques alarmantes.

Alors que les réseaux sociaux et l’internet sont devenus des leviers indispensables pour la recherche scientifique, l’éducation et l’accès à l’information, plusieurs agglomérations de la chefferie des Kaliko-Omi restent totalement pénalisées. Des centres de concentration humaine tels que Nyagoma, Auzi, Laybo, Aubha, Oriva et Manda sont aujourd’hui déconnectés du reste du monde.

Cette situation est d’autant plus incompréhensible que des infrastructures, notamment des antennes de grande capacité, ont été érigées à Auzi. Cependant, ces installations demeurent désespérément inactives, laissant les habitants dans l’incompréhension totale, sans réponse de la part des opérateurs.

Le silence des ondes dans cette région n’est pas qu’un simple inconfort technique ; c’est un danger permanent. Partageant une frontière stratégique avec le Soudan du Sud, la chefferie des Kaliko-Omi est une zone sensible. En cas d’incident sécuritaire ou d’urgence humanitaire, les populations se retrouvent incapables d’alerter les autorités compétentes ou de solliciter des secours rapides. Ce manque de réseau transforme chaque zone d’ombre en un piège potentiel pour les résidents.

« Nous nous sentons sacrifiés. Au vingt-et-unième siècle, il y a encore des zones en RDC privées d’internet et de télécommunications. Cela doit absolument interpeller les autorités, c’est une urgence dans notre zone », a confié un journaliste local.

Sur le plan social et économique, le constat est tout aussi alarmant. Interrogés, les usagers, et particulièrement les opérateurs économiques, expriment leur frustration. Pour les revendeurs de crédit et les agents de monnaie électronique tels que M-Pesa et Airtel Money, travailler relève d’un véritable parcours du combattant.

« Ce n’est pas facile de travailler dans ce secteur ici. Nous faisons face à de nombreuses difficultés. Il faut avoir un grand cœur pour résister. Un peuple privé d’information est un peuple qui vit dans l’obscurité. La faible connexion, quand elle existe, rend les transactions interminables, pénalisant les clients et freinant le développement commercial de la région », rappellent certains usagers.

Les habitants montent au créneau et interpellent directement les géants des télécommunications, notamment Vodacom et Airtel, pour l’installation et l’activation des antennes de grande capacité.

Par ailleurs, un appel pressant est lancé aux autorités locales, provinciales et nationales. La population attend de ses dirigeants un plaidoyer fort auprès des opérateurs afin que le droit à la communication, devenu fondamental à l’ère du numérique, soit enfin une réalité dans la chefferie des Kaliko-Omi.

Azarias Mokonzi

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