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RDC: Entre chaire et tribune politique sur les accords miniers, Patrick Muyaya prend parole

RDC: Entre chaire et tribune politique sur les accords miniers, Patrick Muyaya prend parole

La célébration de la fête de Noël, mercredi 25 décembre à Lubumbashi, a donné lieu à une homélie aux accents fortement politiques et géostratégiques de Monseigneur Fulgence Muteba, archevêque métropolitain de Lubumbashi. En s’appuyant sur le sens théologique de l’incarnation du Christ, le prélat catholique a livré une lecture critique des accords et partenariats conclus autour des ressources naturelles de la République démocratique du Congo, ce qui suscite une réaction virulente du gouvernement congolais par la voix de son porte-parole, le ministre Patrick Muyaya.

Dans son homélie, Mgr Fulgence Muteba dit avoir bien choisi son expression sur notre pays la RDC en entendant parler « des accords sur notre pays ». Il développe alors une métaphore saisissante pour décrire la situation congolaise selon ses observations.

« Je considère notre pays la RDC comme un riche malade qui est entouré des gens qui au lieu de lui parler, au lieu de compatir avec lui ont des yeux rivés sur l’héritage qu’il va laisser. Regardez un peu cette image là. Un riche atteint d’une maladie incurable, et qui est entouré des gens envieux qui au lieu de dire de le consoler dans sa maladie, mais eux parlent déjà de son héritage. Étrange attitude qui soulève pas mal des questions. N’est-ce pas ? », a-t-il raconté devant les croyants.

Pour l’archevêque de Lubumbashi, la problématique congolaise dépasse largement la question des minerais.
« Au-delà du minerai, je suis porté à affirmer haut et fort qu’il y a des gens dotés de dignité, laquelle dignité vient de Dieu. Il est absurde qu’on ne voie en RDC que des minerais à prendre, surtout des minerais qu’on appelle stratégiques : cobalt, lithium, et bien-sûr notre traditionnel cuivre», a-t-il fait savoir.

Muteba s’interroge publiquement sur la durée de certains engagements signé entre le gouvernement congolais et certains de ses partenaires internationaux.
« Êtes-vous au courant qu’on a signé un accord de 99 ans d’exploitation ? Comment peut-on boucher, hypothéquer l’avenir d’une nation pour 99 ans ? », une interrogation qui a surpris d’un croyant.

Ces propos n’ont pas tardé à provoquer une réponse du gouvernement congolais.

Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Patrick Muyaya, accuse Mgr Fulgence Muteba de tenir des propos inexacts au sujet de l’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis.
« Vos propos sur l’Accord de partenariat stratégique RDC–USA sont factuellement faux. Il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources, ni le nom d’aucune mine encore moins une quelconque forme de cession de souveraineté dans ce texte», fait-il remarquer.

Selon le gouvernement, l’accord en question se limite à un cadre de principes.
A en croire son porte-parole, « l’Accord définit plutôt les principes qui vont permettre, de manière transparente, un win-win entre les deux parties. L’État congolais conserve l’intégralité de son pouvoir y compris le droit de refuser toute proposition jugée contraire à l’intérêt national».

Patrick Muyaya va plus loin, et estime que les déclarations du prélat relèvent de la désinformation.

« Affirmer le contraire, malgré la publication le jour même de la signature du texte et un briefing en direct, ressemble bien à une manipulation», prévient le gouvernement congolais.

Dans une référence biblique, le porte-parole du gouvernement cite l’épître aux Éphésiens qui recommande ce qui suit :
« Renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres ».

Il reproche également à l’homélie de Noël de ne pas avoir abordé la situation sécuritaire dans l’est du pays. Selon lui, Monseigneur aurait fait de condamner les actions du Rwanda en République démocratique du Congo et s’attaquer au gouvernement congolais.

Patrick Muyaya pense que « pour la messe de Noël, jour de communion, il aurait fallu des mots clairs pour condamner les hordes rwandaises et leurs supplétifs qui fauchent chaque jour des milliers de vies de nos compatriotes, y compris les chrétiens catholiques dans les parties sous occupation».

Il ajoute aussi que « il aurait fallu aussi des mots clairs pour dénoncer l’agression, la tentative d’expansion territoriale sur fond des massacres et du pillage systématique de nos minerais. Aujourd’hui, grâce à l’exploitation illicite de Rubaya, le Rwanda a accru ses exportations de coltan de janvier à juin 2025 de 213 %. Pas un mot ! ».

Dans cette même logique, Patrick Muyaya interpelle directement l’archevêque et dit:
« Dites-nous, Mgr., de quel texte tirez-vous les 99 ans sur lesquels vous avez insisté dans votre homélie ? ».

Entre dénonciation morale et réponse politique, cette passe d’armes met en lumière la sensibilité extrême de la question des ressources naturelles, de la souveraineté économique et de la guerre à l’est de la RDC. Cela met en nue une fracture persistante entre discours religieux, attentes populaires et communication officielle de l’État.

La rédaction

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