A Paris, le procès Lumbala lève le voile sur les atrocités du rapport Mapping
Ouvert au débat le 12 novembre dernier à Paris, le procès de Roger Lumbala, ex-chef rebelle congolais, connaît des développements inattendus, notamment le refus de l’accusé de comparaître et sa grève de la faim. Dans ce contexte, Luc Henkinbrant, ancien officier des droits de l’homme à l’origine de l’enquête du rapport Mapping publié en 2010, a été appelé par la Cour d’assises pour en expliquer le contenu.
Commandé après la découverte d’un charnier en 2005, ce rapport cartographie les crimes contre l’humanité commis entre 1993 et 2003 dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Interrogé sur le document, Luc Henkinbrant a éclairé le rôle joué par chaque seigneur de guerre dans les atrocités, particulièrement lors de l’opération « Effacer le Tableau ».
Il a indiqué qu’au moins 373 civils, principalement des Pygmées et des Bantous, avaient été tués durant cette opération. Selon lui, les miliciens auraient eu recours à des pratiques fétichistes pour mener ces exécutions, allant jusqu’à utiliser des parties du corps humain.
« Des miliciens du Sud-Kivu auraient aussi recueilli du liquide vaginal pour fabriquer des fétiches. Des éléments du MLC (Mouvement de libération du Congo) et du RCD-N (Rassemblement congolais démocratique-National) auraient également fabriqué des amulettes à l’aide de sexe boucané», dit-il.
L’ancien officier des droits de l’homme a salué cette initiative judiciaire, rendue possible par le principe de la compétence universelle en France, et a encouragé le tribunal à poursuivre l’enquête pour punir les personnes impliquées dans ces crimes.
Au sujet des noms figurant en annexe du rapport Mapping, le Haut-Commissariat des Nations unies a affirmé qu’ils seraient mis à la disposition de la justice, si celle-ci en faisait la demande.
« Beaucoup d’auteurs de crimes qui sont dans cette base de données sont des personnalités de haut-niveau qui peuvent être au pouvoir politique et militaire en RDC, mais aussi dans des pays voisins comme l’Ouganda et surtout comme le Rwanda, pays qui profite et utilise ces mouvements rebelles congolais. Il s’agit d’une guerre économique qui leur permet de faire sortir les ressources naturelles : les minerais, l’or, qui se trouvent notamment dans les zones que le RCD-N et son allié, le MLC, soutenus par l’Ouganda, voulaient conquérir », a-t-il fait savoir.
Ce rapport contient les noms de plusieurs anciens rebelles, aujourd’hui intégrés dans les institutions congolaises après avoir été politiquement « blanchis » à travers le dialogue intercongolais tenu à Sun City en 2002. L’examen de ce rapport risque de heurter certaines sensibilités politiques, touchant des acteurs tant de la majorité que de l’opposition.
Azarias Mokonzi