Ituri : Gratien Iracan dénonce un cycle de massacres passés sous silence
Menacée par plusieurs groupes armés, la province de l’Ituri fait face à un pic des violences outrancières depuis plusieurs mois. Dans une correspondance adressée au président de la République, le député national Gratien Iracan de Saint Nicolas, élu de cette province de l’Ituri, a dénoncé des graves crimes commis dans le territoire de Djugu entre juin et juillet 2025.
Se basant sur un rapport d’enquête bien détaillé, l’élu de Bunia révèle des exactions commises contre les populations civiles, notamment celles issues de la communauté Hema. A l’en croire, malgré l’ampleur de la situation et la proximité des violences avec des positions des FARDC et de la MONUSCO, l’attention militaire demeure non apparente. Une passivité qui inquiète d’après lui, étant donné que l’armée et la MONUSCO ont la seule mission régalienne de protéger la population civile.
Se référant à cette enquête, Gratien Iracan évoque ainsi des massacres, viols, des enlèvements des pillages et des incendies des maisons. A cela s’ajoutent, dit-il, des déplacements massifs de la population. Selon lui cette enquête est une œuvre d’un chercheur indépendant qui vit en Ituri et qui n’a subi aucune influence politique. « Ce document n’a subi aucune influence politique. Les témoins des récits rapportés existent réellement et peuvent être contactés ; leurs identités ont été volontairement protégées pour garantir leur sécurité. L’auteur de ce rapport n’est pas issu de la communauté Hema : il s’engage par devoir moral à défendre tout peuple congolais injustement persécuté. Depuis 2017, la communauté Hema subit un cycle ininterrompu de persécutions», a-t-il dénoncé.
A l’en croire, « ce rapport d’enquête a été élaboré dans un seul but : faire entendre la voix des victimes des massacres dans le territoire de Djugu ». Il ajoute que « depuis plusieurs années, des correspondances officielles ont été adressées aux Institutions de la République afin de dénoncer ces crimes et demander des actions concrètes. Pourtant, ces démarches sont restées sans suite. Même l’Assemblée nationale, pourtant censée être la voix du peuple et sa représentation légitime, a choisi de se désengager de ses responsabilités constitutionnelles, gardant un silence lourd face à la souffrance des populations», a-t-il déploré.
Malgré la persistance de ces violences, le député rappelle que ces milices ne représentent pas, et ou encore n’agissent pas au nom et pour le compte de leurs communautés dont ils n’ont pas le mandat. Il s’agit des actions isolées motivées par le pillage des ressources et l’occupation des terres.
« Depuis sept ans, nous rappelons que les groupes armés ne sont pas les peuples : CODECO n’est pas le peuple Lendu ;
Zaïre, CRP ou « autodéfense » ne sont pas la communauté Hema ; Chini ya Kilima ou FPIC ne sont pas le peuple Bira ;
Chini ya Tuna n’est pas le peuple Lese ;Jamkula Bantu n’est pas le peuple Nyali», a-t-il expliqué.
D’après lui, « tous ces groupes armés abritent des criminels qui se réclament abusivement des communautés pour légitimer leurs violences. Ils ont tous commis des exactions et doivent répondre de leurs actes devant la justice. L’État doit assumer pleinement ses responsabilités en démobilisant ces milices, plutôt que d’utiliser un groupe contre un autre, si les accusations ici rapportées sont confirmées. Nous condamnons fermement l’activisme armé de la rébellion CRP de Thomas Lubanga et l’invitons à revenir à la raison, en privilégiant la bataille politique pacifique. L’Ituri a assez versé le sang.
Enfin, nous lançons un message d’encouragement à nos militaires et policiers : battez-vous pour la patrie avec sincérité et respect envers la population. Les FARDC et la PNC sont nos forces nationales, notre fierté et notre unique rempart contre les ennemis de la République. Ne laissez pas les antivaleurs ternir votre mission. Rappelez-vous : votre colonne vertébrale est la population.
Ensemble, nous aurons toujours la victoire », conclut Gratien Iracan de Saint Nicolas.
Azarias Mokonzi