RDC : Plus de 200 civils massacrés à Rutshuru, un drame d’une ampleur inédite depuis Kishishe
Au moins 208 civils ont été tués entre le 11 et le 14 juillet dans le groupement de Binza, en territoire de Rutshuru, dans l’est de la République démocratique du Congo. C’est ce que révèlent plusieurs rapports de notables et d’activistes locaux, corroborés par des témoignages recueillis sur le terrain. Le massacre, survenu dans la localité de Kiseguro et ses environs, sur les abords du parc national des Virunga, est qualifié de « pire que celui de Kishishe », par certains observateurs.
Selon ces sources, 169 personnes, parmi les victimes, ont été exécutées impitoyablement uniquement dans les champs de Kiseguro, après que les rebelles du M23 ont autorisé, le 16 juin dernier, la population à reprendre les activités champêtres et agricoles, suspendues depuis plusieurs mois. « Le 16 juin, à l’issue d’un salongo, travaux communautaires, les rebelles ont organisé une réunion publique à Kiseguro pour annoncer officiellement cette reprise », rapporte un notable encore présent sur place.
Les habitants, pour la plupart des agriculteurs qui viennent de touts horizons, notamment Goma, Masisi, et plusieurs autres localités, villages/ chefferie du territoire de Rutshuru, ont alors regagné les zones de culture. C’est là qu’ils auraient été pris au piège, selon notre source. Le 09 et 10 juillet, des éléments du M23, en opération dite de traque des FDLR, venus de plusieurs directions ont encerclé les champs, mettant en place un triangle stratégique autour des civils.

Le 11 juillet, les exécutions sommaires des civils ont débuté. « Les rebelles ont capturé des villageois, les ont ligotés puis exécutés par balle, avant de jeter les corps dans la rivière Rutshuru », témoigne une maman d’une quarantaine d’âge, rescapée blessée et repêchée deux jours plus tard. Les tueries ont duré trois jours, avant de s’étendre sur les localités de Nyabanira, Kisharo et Katwiguro m, toujours dans le groupement de Binza.
Un lourd bilan et des maisons incendiées. Selon un rapport confidentiel consulté par l’Agence de Presse Reuters et émanant de l’ONU, 170 civils ont été tués par les forces du M23. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) affirme que cette opération visait des membres présumés des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), un groupe des génocidaires des massacres commis en 1994 au Rwanda.
Le chef politique du M23, Bertrand Bisimwa, a reconnu avoir été informé des conclusions de l’ONU. Il a toutefois dénoncé « une propagande » fondée sur des informations « non vérifiées », et annoncé la création d’une commission d’enquête interne.
Les chiffres fournis par les autorités coutumières dans la zone sont plus alarmants. Selon elles, 46 femmes, 105 hommes et 18 enfants auraient été tués seulement à Kiseguro. En outre, 200 habitations de fortune ont été incendiées.
Le M23 contrôle le groupement de Binza depuis le 2 août 2024, après une progression militaire entamée à 7 heures du matin ce jour-là. En quelques jours, les rebelles ont conquis les localités de Kiseguro, Nyamilima, puis Ishasha, à la frontière avec l’Ouganda, avant d’atteindre la pêcherie stratégique de Nyakakoma sur les rives du lac Édouard.
Dès leur arrivée, les insurgés ont lancé une série d’opérations contre les milices locaux wazalendo, et des FDLR, accusés d’entretenir l’insécurité dans la région. Mais, ces opérations se sont rapidement transformées en répression sanglante contre la population civile, majoritairement issue de la communauté hutu, dont le taux démographique est estimé à plus de 90% dans la zone.
« Lorsque les rebelles ont échoué à neutraliser les présumés éléments FDLR, ils ont interdit aux habitants, à plus de 95 % agriculteurs, l’accès à leurs champs, provoquant une grande famine sans précédente suite aux pertes de récolte considérables », affirme un témoin.
En janvier 2025, une autorisation partielle avait été accordée aux populations locales pour accéder aux champs proches des habitations. Ce n’est qu’en juin que la reprise complète des activités agricoles a été annoncée.
Une année après la prise du groupement Binza, la population ne cesse de traverser un calvaire sans précédent avec des tueries des civils.
Anicet Kimonyo