Nord-Kivu: De retour dans leurs villages, les retournés de guerre dans une grande détresse
De nombreuses familles retournées dans leurs villages d’origine, dans la province Nord-Kivu, tentent de reconstruire leur vie dans des conditions extrêmement précaires. Une évaluation conjointe menée par l’ONG AIDPROFEN, en collaboration avec le PNUD et le HCR, dans 24 villages des territoires de Masisi, Nyiragongo, Beni et Rutshuru révèle une situation alarmante, marquée par l’absence de services essentiels, la pauvreté persistante et un climat sécuritaire instable.
Les infrastructures sociales restent largement défaillantes. Le rapport affirme que « 70 % des villages évalués n’ont pas accès à un centre de santé ou une école primaire opérationnelle ». Dans plusieurs localités, les enfants retournés restent hors du système scolaire, et « les classes dépassent souvent 50 élèves par classe ». Pour les auteurs de l’étude, « l’éducation constitue un défi majeur ».
Sur le plan économique, les ménages manquent de ressources, dit le rapport. « 63 % des retournés n’arrivent pas à satisfaire les besoins essentiels de leur ménage » et « 33 % n’ont pas accès aux marchés ». L’accès à la terre pose également problème, car « 33 % des retournés rencontrent des obstacles pour accéder à leur terre d’origine ». L’étude insiste sur le fait que les moyens de subsistance restent précaires.
La sécurité est une autre source d’inquiétude. Dans plusieurs villages, « 32 % des communautés identifient un manque de sécurité dû à la présence de groupes armés ». De nombreuses familles disent aussi vivre sous la menace, car « 19 % des retournés font face à des menaces ou des intimidations depuis leur retour ».
La vulnérabilité des femmes et des enfants est particulièrement marquée. Le rapport indique que « 30 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë modérée ou sévère ». En matière de protection, « 41 % des retournés rencontrent des problèmes » liés à la destruction de biens, au recrutement d’enfants, ou encore à la présence prolongée de groupes armés. Les lieux d’hébergemeni sont jugés peu sûrs, car 30 % des femmes et filles déclarent un manque d’intimité ou de sécurité. En ce qui concerne les violences sexuelles, la situation reste critique puisque « 40 % des personnes interrogées rapportent que les survivants de violences sexuelles liées à l’architecture communautaire locale ne peuvent pas accéder à une assistance adéquate ».
L’étude, menée à travers 12 discussions semi-structurées et 120 entretiens, à en croire le rapport, appelle à des interventions urgentes et coordonnées pour améliorer les conditions de vie et garantir la sécurité des personnes retournées dans le Nord-Kivu.
La rédaction