RDC-Rwanda : Entre désengagement et neutralisation des FDLR, les officiels congolais et Rwandais divisés
Quelques jours après la signature de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous la médiation des États-Unis, les langues se délient entre les officiels de deux pays au sujet de l’interprétation de certaines dispositions de ce texte de paix.
Alors que l’accord prévoit le retrait de mesures défensives du Rwanda et la neutralisation des FDLR par la RDC, les officiels de deux pays tentent de se couvrir et se livrent dans un débat qui consacre à la fois triomphalisme et accusations. Bien qu’une disposition illustre que « la neutralisation des FDLR et la
levée des mesures défensives du Rwanda doivent être réalisées dans un
délai de trois mois, conformément au
plan harmonisé de neutralisation des
FDLR et de la levée des mesures défensives du Rwanda adopté par les experts militaires et du renseignement à Rubavu, le 30 août 2024. 11», les deux pays cherchent plus à se justifier à travers une interprétation qui arrange chaque position.
Pour le Rwanda par exemple, la levée de ses mesures de défense est conditionnée par la traque des FDLR par les FARDC. « Je pense que nous avons pris le texte sur lequel on s’était mis d’accord de l’année passée à Luanda appelé CONOPS qui prévoyait la neutralisation des FDLR pour permettre au Rwanda de lever les mesures défensives », avait confié Olivier Nduhungirehe, ministre des affaires étrangères à un média Rwandais. Dans la foulée, il avait dénonçé et laisser entendre que la collaboration entre l’armée congolaise et les FDLR, fragilise cette opération d’emblée, malgré la bonne fois du Rwanda.
En revanche, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu et actuel ministre du commerce extérieur pense que la question de FDLR est devenue un alibi pour le Rwanda, pour justifier ses crimes. Julien Paluku rappelle que sur 30 ans de guerre, le Rwanda a déjà occupé pendant 8 ans, la zone dans laquelle sont supposés être ces rebelles.
« Sur les 30 ans, ils ont occupé l’Est de la RDC pendant pendant 8 ans, principalement le lieu où était supposé être ce mouvement FDLR. Seuls les Rwandais y ont été ou y sont », dit-il.
Selon lui, déconstruire un mensonge inoculé comme du venin depuis 30 ans est un travail de longue haleine. Paluku, rappelle que l’opération « UMOJA WETU », menée conjointement par l’armée congolaise et Rwandaise avait abouti à la réduction sensible du degré de nuisance de ces rebelles.
« Nous avons été témoins de l’entrée de l’armée Rwandaise officiellement et officieusement pour neutraliser les quelques FDLR résistants ( voir opération UMOJA WETU de 2009 et les unités spéciales Rwandaises autorisées). Nous avons assisté au rapatriement dans leurs pays, des combattants Rwandais par la MONUSCO et le HCR et la menace était presque finie. Alors Ambassadeur en RDC, l’ambassadeur Vincent Karega avait déclaré en 2022 que 12. 000 FDLR avaient été rapatriés et réintégrés au Rwanda depuis 2001 », a déclaré Julien Paluku.
Ce dernier regrette que malheureusement, alors que la menace était presque finie, le Rwanda a déversé sur le territoire congolais les mêmes rebelles pour justifier ses incursions sur le territoire congolais.
« Parallèlement à cela, lorsque la menace était presque finie, quelle n’a pas été notre surprise de voir le Rwanda concevoir un nouveau phénomène reconnu par les Nations Unies, appelé RECYCLAGE DES FDLR. La technique consistait pour le Rwanda de réinjecter au Nord Kivu certains FDLR régulièrement rapatriés. Le contrôle biométrique l’a prouvé avec le concours de la MONUSCO et du HCR. L’objectif du RECYCLAGE était de maintenir le prétexte pour justifier l’invasion de la RDC car sans les FDLR, le RWANDA ne vit ni politiquement, ni économiquement ni internationalement », fait-il savoir.
Paluku rappelle au régime Rwandais que « le génocide le plus abject sur le continent africain et qui fait la honte de l’Afrique a pour cause la manipulation des fibres tribales et ethniques. Nous l’avons condamné et nous continuerons à le condamner de la manière la plus forte. Arrêtez donc de venir perpétuer en RDC vos comportements criminels car avant 1994, il n’ y avait pas en RDC cette violence importée. Quand vous défendez le M23 en évoquant la marginalisation d’une ethnie en RDC, qui devient tribaliste? », s’interroge-t-il
Le ministre renchérit que, « la signature de l’accord de paix de Washington et l’acceptation par la RDC de neutraliser les FDLR relève du génie congolais face au piège que vous avez tendu. Nous allons neutraliser vos frères que vous avez réinjectés en RDC, et ça sera la fin de l’épisode dans la région des grands lacs».
Azarias Mokonzi