RDC: Mukwege alerte sur un accord qui efface l’agression
Le Docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, a exprimé de sérieuses réserves concernant un accord de paix qui est en train de prendre forme entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Pour lui, la déclaration conjointe du 18 juin, publiée sur le site du Département d’État américain, est aussi limpide qu’un lac boueux, opaque et, selon ses mots, manifestement déséquilibrée.
«L’accord, en gestation, semble ignorer les crimes commis, préférant une paix superficielle à une justice véritable. C’est comme vouloir éteindre un brasier avec une goutte d’eau», déclare-t-il.
Mukwege, tout en saluant l’objectif, qu’il qualifie de louable, d’une paix juste et durable, pointe du doigt le caractère « vague » de la déclaration. Elle énonce des engagements généraux, cessez-le-feu, respect des frontières, retour des réfugiés…sans véritable fondement juridique ni mécanisme de contrôle efficace. Il perçoit dans cet accord une stratégie avantageant le Rwanda, qu’il qualifie ”d’agresseur non sanctionné, au détriment des victimes congolaises, reléguées au second plan, selon lui.
Pour le célèbre gynécologue, la coopération régionale évoquée n’est qu’un écran de fumée, une tentative de « blanchiment » des crimes passés, qui masque une volonté de cogestion des ressources naturelles, sans la moindre considération pour les souffrances endurées et les responsabilités incombant au Rwanda. « Accorder une prime à l’agression, » c’est ainsi qu’il résume cet accord embryonnaire, un arrangement qui, selon lui, est aussi absurde qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Mukwege rappelle que cette déclaration passe sous silence la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU du 20 février 2025. Cette résolution exige un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes rwandaises, la fin de leur soutien au M23 et le démantèlement des structures illégales sur les territoires occupés. Cette omission, à ses yeux, entache gravement la légitimité des négociations et représente un recul préoccupant du droit international.
Pour lui, la paix durable ne peut se construire sur le sable mouvant de l’impunité. Une paix économique imposée à une population meurtrie par trente ans de conflits, de pillages et de crimes de masse, est inacceptable. Il rejette catégoriquement cette idée. Il la qualifie d’extractivisme néocolonial, une nouvelle forme d’exploitation des richesses congolaises. «La justice est non négociable, et les richesses du sous-sol congolais ne peuvent être bradées de manière aussi opaque», martèle-t-il
Il plaide pour un processus inclusif et transparent, qui implique activement les femmes et les jeunes, et axé sur la justice transitionnelle. «La paix, ne se résume pas à l’absence de combats ; elle exige vérité, réparations et mémoire des victimes», insiste-t-il. Il appelle tout de même la communauté internationale à ne pas fermer les yeux sur les atrocités commises : massacres, viols de masse, déplacements de populations. Aucun accord ne doit occulter les souffrances indicibles des populations congolaises. L’oubli serait une trahison impardonnable.
Eugène Vomba