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Plus de 20 mois impayés : Monkole et d’autres hôpitaux, suspendent la gratuité de maternité

Plus de 20 mois impayés : Monkole et d’autres hôpitaux, suspendent la gratuité de maternité

La promesse de soins gratuits pour tous vacille dangereusement en République Démocratique du Congo. Le Centre Hospitalier Monkole, l’un des piliers de la santé maternelle à Kinshasa, a annoncé la suspension temporaire de ses services gratuits en maternité et néonatologie à partir du 7 juin 2025. Cette décision a été prise à la suite de plus de huit mois d’arriérés de paiement non versés par le Fonds de Solidarité de Santé (FSS), organe clé de la Couverture Santé Universelle (CSU).

« Nous sommes attachés à notre mission sociale, mais nous devons préserver la viabilité de nos activités », déclare la direction de Monkole dans un communiqué daté du 2 juin.

Le malaise dépasse les murs de Monkole. Dans une lettre officielle du 23 mai 2025, plusieurs structures confessionnelles privées affiliées à l’ECC, à l’Église Kimbanguiste, à l’Armée du Salut et au BDOM annoncent une suspension partielle des soins gratuits dès le 5 juin, ne maintenant que les consultations de base et les accouchements. Faute de solution d’ici le 19 juin, l’ensemble des services deviendront payants.

Ce front commun dénonce notamment des factures impayées depuis plus de 20 mois, des remboursements incomplets (70 % dans certains cas), une retenue automatique de 30 % sur les fonds dus, officiellement dédiée à l’achat de médicaments… qui n’arrivent que partiellement, et un dialogue rompu avec les institutions chargées de la Couverture Santé Universelle.

Lancée avec ambition, la CSU devait élargir l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables. En pratique, elle repose sur un financement incertain, une logistique défaillante, et une volonté politique trop fluctuante. Résultat : les structures de santé partenaires, souvent sous-équipées, supportent seules le poids de la gratuité, sans les moyens nécessaires pour l’assurer.

Les services de maternité, de néonatologie et de pédiatrie essentiels dans un pays aux indicateurs de santé maternelle dramatiquement bas sont les premières victimes de cette faillite silencieuse.

L’avertissement est clair : si l’État ne régularise pas rapidement ses engagements, la gratuité des soins deviendra un mythe administratif, sans effet réel sur le terrain. Il en va non seulement de la survie des patients, mais aussi de la crédibilité même des politiques publiques de santé.

Les hôpitaux confessionnels, longtemps moteurs de la santé de proximité, ne demandent pas des privilèges, mais le respect des engagements contractuels. Sans réponse concrète, c’est toute la Couverture Santé Universelle qui risque de s’effondrer sous son propre poids.

Eugène Vomba

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