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Tazama RDC

Rapprochement militaire RDC-Russie : Opportunité stratégique ou risque diplomatique ?

Rapprochement militaire RDC-Russie : Opportunité stratégique ou risque diplomatique ?

La République Démocratique du Congo a signé, samedi 10 novembre dernier, un accord de coopération dans les domaines de la défense et d’autres secteurs stratégiques avec la Russie. Cet accord a été conclu lors du forum de partenariat entre la Fédération de Russie et l’Afrique à l’Université de sciences et technologies de Sirius, en Russie.

À la suite de la signature de cet accord, la ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Thérèse Kayikwamba Wagner, a déclaré que la RDC compte sur le soutien de la Russie, notamment pour la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.

« La Russie joue un rôle central en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous comptons sur son appui pour parvenir à une solution durable à la crise sécuritaire qui persiste dans l’Est de notre pays. Nous sommes persuadés que, maintenant que l’équipe gouvernementale est en place, la mise en œuvre des accords signés se fera sans délai. Notre objectif est clair : traduire ces accords en actions concrètes pour la sécurité de notre pays », a-t-elle déclaré.

Bien que la RDC soit libre de signer des accords avec tout pays en fonction de ses intérêts, les États-Unis et leurs alliés occidentaux pourraient percevoir cet accord d’un mauvais œil, compte tenu de leurs rivalités avec la Russie dans le domaine de la coopération internationale, a expliqué Djimmy Kioma, chercheur en relations internationales. Il rappelle que cette orientation idéologique a coûté cher à plusieurs présidents congolais et africains qui se sont montrés défavorables à l’Union européenne et aux États-Unis.

« Si Lumumba a été tué, c’est en raison de la coopération qu’il souhaitait orienter vers l’URSS, et cela a été le cas pour tant d’autres présidents africains. Cet accord pourrait avoir des répercussions, car les États-Unis ne le verront pas d’un bon œil. Depuis son indépendance, la RDC est au centre de rivalités entre plusieurs puissances. La RDC regorge de matières précieuses, dont plusieurs pays ont besoin pour développer le nucléaire, notamment l’uranium. Aujourd’hui, nous assistons à une guerre autour des ressources nécessaires à la construction de batteries, et donc tous ces aspects feront que les pays en désaccord avec la Russie se retourneront contre nous », a-t-il déclaré.

Définir l’orientation de la politique étrangère

Cette situation pourrait exacerber les conflits armés dans l’Est du pays, notamment au Nord-Kivu. Selon Kioma, pour éviter de susciter l’hostilité occidentale, la RDC doit définir une orientation claire pour sa politique étrangère.

« La RDC doit développer une politique étrangère cohérente. Nous avons le droit de coopérer avec les États de notre choix, mais il est essentiel de privilégier ceux qui offrent le plus d’avantages. En tant qu’État souverain, nous devons assumer nos choix, c’est-à-dire nous assurer que même en cas de tensions avec les États-Unis, nous pouvons coopérer avec d’autres pays pour protéger notre territoire. On a tué Lumumba à cause de sa vision socialiste, et Laurent-Désiré Kabila, qui avait une idéologie similaire, a également été écarté. Joseph Kabila est devenu un ennemi en raison de la même politique ; c’est pourquoi nous devons définir clairement notre politique étrangère. Même si nous défendons le principe d’un monde sans exclusivité, il nous faut des accords stratégiques avec des pays capables de garantir notre sécurité. Les États-Unis et le Royaume-Uni financent à 80 % le budget militaire du Rwanda, un pays qui nous agresse. Faut-il vraiment s’allier avec des États qui soutiennent et financent notre ennemi, qui nous martyrise depuis longtemps ? », s’est-il interrogé.

Un accord de partenariat a également été signé avec la Fédération de Russie dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, des infrastructures et des échanges culturels.

En signant cet accord de coopération avec la Russie, la RDC fait un choix audacieux pour renforcer sa souveraineté sécuritaire et élargir ses alliances stratégiques. Cependant, ce rapprochement risque de compliquer les relations diplomatiques avec les puissances occidentales, qui pourraient interpréter cette collaboration comme une provocation dans un contexte de rivalité internationale accrue. Face à ces enjeux, il est essentiel que la RDC développe une politique étrangère équilibrée, capable de répondre aux défis sécuritaires tout en préservant des relations diversifiées et pragmatiques. À l’heure où l’Est du pays continue de souffrir des conflits armés, le succès de cet accord dépendra non seulement de son impact concret sur la sécurité nationale, mais aussi de la capacité du gouvernement congolais à gérer les pressions diplomatiques et à renforcer son rôle dans les alliances internationales, tout en restant fidèle aux intérêts du peuple congolais.

Azarias Mokonzi

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