Arrestation d’un élément AFC en Ouganda : Kampala lâche-t-il Nanga ou une erreur tactique ?
Depuis la prise de Bunagana par les rebelles du M23-RDF en juin 2022, outre le Rwanda, l’Ouganda est toujours accusé de soutenir ce mouvement rebelle sur le territoire congolais.
Le dernier rapport des experts de l’ONU au sujet de la crise à l’Est de la RDC révèle le rôle de l’Ouganda. Ce rapport avait démontré comment les officiels ougandais laissaient les troupes du M23 et de l’armée rwandaise transiter par l’Ouganda sans aucune limite. Ces troupes, au grand nombre, révélaient ces experts, ne pouvaient pas passer sous les radars du renseignement ougandais. Ce rapport démontrait donc le lien de collaboration entre certains officiers ougandais et des agents de renseignement ougandais avec l’administration de la rébellion. D’ailleurs, des responsables du mouvement se rendaient notamment plus en Ouganda, dont à Kampala et Entebbe.
l’Ouganda se lave
Malgré ces accusations, appuyées par d’autres éléments qui chargent l’Ouganda, Kampala a toujours nié sa participation dans la guerre qui se vit au Nord-Kivu, opposant l’armée congolaise à cette rébellion auteur de plusieurs violations des droits humains. L’Ouganda a toujours rappelé qu’il ne tire aucun avantage de poignarder la RDC, avec qui il est en opération pour traquer les terroristes islamistes d’Allied Democratic Forces (ADF) dans la région de Beni, au Nord-Kivu, et dans certaines zones de l’Ituri.
« Nous n’avons aucune raison de soutenir ces rebelles, alors que nous faisons partie des mécanismes régionaux pour la résolution des conflits dans l’Est de la RDC. Que des gens fassent ce genre d’allégations est une façon de saboter les efforts que nous entreprenons, plutôt que de les soutenir. Nous avons d’ailleurs une mission conjointe dans la région de l’Ituri pour lutter contre les terroristes des ADF. Alors pourquoi est-ce que l’on soutiendrait un groupe qui se bat contre le gouvernement avec lequel nous travaillons ? » exprimait l’Ouganda en réfutant ces accusations.
« Notre pays n’est pas utilisé comme base par ces rebelles. En revanche, notre pays accueille des réfugiés pour leur propre sécurité, en accord avec la politique des Nations unies. Nous avons de très bonnes relations avec le gouvernement de la RDC ».
Des arrestations pour clarifier sa position ?
Deux mois après ces accusations, l’Ouganda cherche à se crédibiliser devant la RDC, dont la confiance n’est pas certaine. Dans une approche purement maïeutique, Kampala veut bonifier sa réputation devant son partenaire déçu, à l’amertume à la suite de son attitude, a révélé un analyste.
En effet, depuis le 5 septembre 2024, David Baraka Elonga, commissaire politique de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), est en détention en Ouganda. Ce dernier a été arrêté dans un camp de réfugiés de Kyangwali, situé dans le district de Kukuube.
Selon la police ougandaise, Baraka Elonga a été arrêté alors qu’il recrutait des réfugiés pour des faits armés. Ces derniers devraient être envoyés en RDC pour une formation militaire organisée dans l’objectif de les mettre en contribution pour renverser le régime de Tshisekedi. Trente-deux personnes, dont deux femmes, avaient déjà été recrutées par ce rebelle membre de l’AFC. Un responsable d’une ONG dans le camp des réfugiés, qui a requis l’anonymat, a d’ailleurs révélé que « les réfugiés attendaient un camion, un véhicule pour les amener du camp des réfugiés en RDC pour suivre une formation militaire ».
Le porte-parole de la police en Ouganda a aussi confirmé cette arrestation en révélant que ce dernier sera remis à l’armée ougandaise pour la suite de son dossier.
A L’UPDF, pour recouvrer sa liberté ?
Alors que le rapprochement entre le patron de l’armée ougandaise s’avère certain avec les officiels rwandais, pays qui appuie militairement Corneille Nanga, la libération de Baraka Elonga devient frénétique. Le Rwanda risque de jouer sur son influence pour obtenir la libération de ce dernier, étant donné qu’il est sous le commandement de Corneille Nanga lui-même. Baraka est détenu au commissariat de la police de Hoima.
Azarias Mokonzi