M23 dans le Masisi/ Exclusif : « Ils nous ont retrouvé la nuit, ils nous ont obligé à porter leurs bagages. »

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Une patrouille des rebelles M23 quelque part dans le Nord-Kivu. Photo de tiers.

Certaines troupes du Mouvement du 23 mars (M23) sont en partance pour le territoire de Masisi. C’est une révélation que la rédaction de TAZAMA RDC vous donne après plusieurs jours d’investigations sur cette question. Les rebelles du M23 passent par Tongo en groupement Kisigari; direction, le territoire de Masisi. Voici les coulisses de cette opération.

Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 juin dernier, un groupe des M23 attrape quelques personnes déplacées et les oblige à transporter leurs effets militaires.


« Ils nous ont retrouvé la nuit, ils nous ont obligé à porter leurs bagages » atteste Jules [nom d’emprunt pour cacher son identité], un déplacé de guerre qui a fui la guerre du M23 dans le groupement de Jomba. Après plusieurs heures de marche avec sa famille, il est arrêté par des militaires M23 et doit passer encore plusieurs heures en forêt transportant des effets militaires.
Acculés par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo dans les groupements de Jomba, Kisigari, Bweza et Ntamugenga, les rebelles du M23 et alliés tentent de traverser le parc en passant par la localité de Tongo, chefferie de Bwito en territoire de Rutshuru.
Nous avons contacté le M23 via son porte-parole pour avoir leurs versions des faits mais jusqu’ici sans suite.

A la recherche d’un ouf de soulagement

Kinshasa a déjà pris l’unique option militaire en déclarant que le M23 est un mouvement terroriste, et en décidant d’exclure définitivement les représentants de cette rébellion des pourparlers de Nairobi avec les groupes armés nationaux le 27 mai dernier.
« L’attitude multirécidiviste du M23 l’expose à subir la force. Comment pouvez-vous expliquer que certains groupes armés ont commencé les pourparlers à Nairobi, et pour ceux qui n’ont pas pu y arriver pour des raisons de logistiques, l’équipe de la facilitation du Président de la République a séjourné à Beni, Goma, Bukavu et Bunia pour les consultations, mais les terroristes du M23 ont choisi de ne pas y être ? Aujourd’hui pour nous, à quoi ça va servir de discuter avec un groupe terroriste ? » avait déclaré Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias de la RDC.
L’armée congolaise est sous pression du gouvernement qui a mis à sa disposition des moyens supplémentaires et des renforts en hommes. Kinshasa tient à une victoire militaire sur le mouvement du 23 mars comme en 2013 mais cette fois sans négociation ni accord. Quelques jours avant, l’Etat-major des FARDC avait remplacé le Général Mwehu Lumbu Evariste, commandant du secteur opérationnel Sokola 2 par le Général Peter Chirimwami. Malgré la digression autour de cette décision, plusieurs sources affirment que les autorités militaires ont trouvé inefficace la réponse du secteur opérationnel sur les M23.

Vers une armée conventionnelle

Bintou Keita, la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en RDC et cheffe de la Monusco, a affirmé au conseil de sécurité de l’ONU que cette rebellion prend une autre forme plus conventionnelle, sans affirmer que ses hommes et matériels viennent notamment du Rwanda.
« Elle a concédé que le M23 se comporte de plus en plus comme une armée conventionnelle plutôt que comme un groupe armé, disposant d’une puissance de feu et d’équipements de plus en plus sophistiqués » peut-on lire dans le compte rendu de la reunion du conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en RDC tenue le 29 juin dernier à New-York. « La menace que cela représente pour la population et les Casques bleus qui ont le mandat de la protéger est évidente », a-t-elle reconnu.
« Le M23 et les soldats Rwandais sont passés par Musezero et Nkokwe ensuite ils sont descendus à Kazuba, puis à Ngerenge vers Kalengera pour atteindre le parc national de Virunga, et se sont volatilisés à destination de Masisi certainement » dit un chef local à Tazama RDC.
« Nous transportions des boites, des armes lourdes et des munitions. Nous avons parcouru une distance de près de 17km parce que nous avons débuté la marche vers 20h30 et nous sommes arrivés à destination aux environs de 01h00, et c’est vers 01h30 qu’ils nous ont libéré » témoigne Jules.

Le témoignage de Jules sur son parcours, ses biens et la durée de ce transport.

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La traversée du parc des Virunga, moyen facile

Le mouvement qualifié de terroriste par Kinshasa a fait la même chose en 2012. Cette stratégie consiste à traverser le parc national de Virunga, une zone vaste et pas trop contrôlée. Le parc est un vrai « No man’s land » car l’armée se concentre dans des zones urbaines et rurales. Les FARDC sont majoritairement sur la Route Nationale numéro (RN4) avec des patrouilles quotidiennes pour sécuriser le transport des personnes et des biens. Les rangers du parc qui sont des paramilitaires, sont en nombre insuffisants par rapport à l’étendue du parc. Plusieurs éco gardes sont tombés dans des embuscades des groupes armés ou des braconniers dans la profondeur du parc. « Le parc sert depuis longtemps comme base arrière de plusieurs groupes armés nationaux et étrangers » estime dans plusieurs de ses rapports le Groupe d’Etudes sur le Congo. C’est aussi une source des revenus pour plusieurs groupes armés qui trafiquent des bois, font le braconnage et taxent plusieurs activités, estiment plusieurs environnementalistes dont Bantu Lukambo, directeur général de l’ONG « Innovation pour le développement et la protection de l’environnement (IDPE) ». « C’est une voie facile pour les M23 d’accéder à la chefferie de Bashali dans le territoire Masisi sans faire face à l’armée Congolaise » indique un acteur de la société civile en territoire de Masisi.

Élargissement de sa zone de contrôle mais exposition aux autres ennemis

Si le M23 réussi à s’installer dans quelques localités du territoire de Masisi, il aura gagné un grand pari à éparpiller les énergies des FARDC qui devront s’engager sur d’autres fronts au-delà des zones actuelles. « Masisi est une région montagneuse et le M23 avec derrière les forces Rwandaises, se sentent à l’aise sur des positions situées dans des collines, voilà pourquoi ils veulent y aller » a indiqué un analyste des questions sécuritaires que nous avons interrogé. « Mais le territoire Masisi est trop complexe et le M23 risque de faire face à plusieurs groupes armés qui sont réputés « anti-Rwanda » comme les Mai-mai ou les FDLR qui sont opérationnels dans ce territoire » a-t-il poursuivi.

Akilimali Saleh Chomachoma

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