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Tazama RDC

Butembo : des moustiquaires usagées rachetées jusqu’à 2 000 FC, leur destination suscite des interrogations

Butembo : des moustiquaires usagées rachetées jusqu’à 2 000 FC, leur destination suscite des interrogations

Un phénomène inhabituel attire l’attention et suscite des interrogations dans la ville de Butembo au Nord-Kivu. Depuis quelques mois, des hommes et femmes, mégaphones à la main, sillonnent les quartiers, les rues et avenues pour racheter des moustiquaires imprégnées d’insecticide déjà utilisées.

À travers leurs mégaphones, ces collecteurs invitent les habitants à leur céder leurs anciennes moustiquaires à raison de 2 000 francs congolais (FC) pour celles encore en bon état et de 1 500 FC pour celles présentant quelques déchirures.

Contacté par notre rédaction, l’un de ces acheteurs n’a pas souhaité s’exprimer sur les motivations de cette activité ni sur la destination finale des moustiquaires collectées.

Une activité qui suscite des soupçons

Cette absence d’explications alimente les interrogations de plusieurs habitants. Certains soupçonnent ces collecteurs d’entretenir des liens avec les combattants ADF, actifs dans la région de Beni. Toutefois, aucun élément concret ne permet, à ce stade, d’établir une telle connexion.

« Nous nous sommes toujours posé la question de savoir où vont ces moustiquaires. Un jour, nous avions approché l’une de ces dames qui nous avait expliqué qu’elle travaillait pour un patron qui l’envoyait les racheter. Mais nous ne les avons jamais revues sur le marché. Curieusement, certains rescapés des ADF nous racontent qu’ils sont parfois ligotés à l’aide de cordes fabriquées à partir de moustiquaires », témoigne Katembo Emmanuel, habitant de la cellule Katsya, au quartier Vutetse, dans la commune de Kimemi. Il s’est confié à nos confrères de RTVH/Butembo.

Les autorités de base déjà alertées

La situation préoccupe également les responsables locaux. Kamala Mwenge Katabei, cheffe du quartier Ngere, toujours dans la commune de Kimemi, affirme que la question a déjà été portée à la connaissance des autorités compétentes.

« Je suis parmi les premières personnes à avoir alerté sur cette situation. En tant que responsable de l’entité, nous avons cherché à vérifier le motif avancé par ces personnes, qui prétendaient acheter les moustiquaires pour protéger leurs jardins. Malheureusement, nous avons constaté que 80 % de ces moustiquaires disparaissaient dans la nature », avait-elle révélé lors d’une récente interview accordée au journaliste Nelson Rafiki.

Elle indique également que certaines femmes impliquées dans cette activité avaient été interpellées par les services de sécurité avant de réapparaître quelques jours plus tard.

« Certaines de ces femmes vendeuses avaient été arrêtées par les services de sécurité. Chose étonnante, elles ont encore une fois refait leur apparition. Nous promettons d’alerter notre hiérarchie afin qu’une solution soit trouvée à ce problème », a-t-elle ajouté.

Une destination toujours inconnue

En attendant des éclaircissements des autorités, la destination des moustiquaires rachetées à travers les quartiers de Butembo reste inconnue. Si les soupçons de certains habitants font état d’un possible lien avec les ADF, aucune preuve formelle ne permet actuellement de confirmer cette hypothèse.

Face à la persistance de cette activité, les habitants appellent les services de sécurité à enquêter sur cette filière de collecte afin d’en identifier les responsables, de déterminer l’usage réservé aux moustiquaires récupérées et d’écarter tout éventuel risque sécuritaire.

Richard Maliro

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