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Tazama RDC

Nord-Kivu : La RN44 coupée à Beni, un jalon d’intérêt national laissé à l’abandon

Nord-Kivu : La RN44 coupée à Beni, un jalon d’intérêt national laissé à l’abandon

La colère gronde au sein de la population de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Plus d’une année après le lancement officiel des travaux, le chantier de reconstruction du pont Kibangu, situé sur la Route Nationale numéro 44 (RN44), est toujours à l’arrêt. Cet ouvrage stratégique, conçu pour fluidifier le trafic et supporter un flux de transport important, est aujourd’hui devenu le symbole d’un calvaire quotidien pour les habitants.

Reliant directement les quartiers stratégiques de Résidentiel, Tamende et Butsili, le pont Kibangu revêt une importance majeure pour l’économie locale et nationale. Sa reconstruction visait à le rendre plus robuste et adapté à l’intensité du trafic routier.

Malheureusement, le non-achèvement des travaux bloque complètement la circulation depuis plusieurs mois, asphyxiant une partie de l’activité urbaine.

Sur le terrain, la situation est devenue intenable. L’activiste civil Jack Sinzaheza tire la sonnette d’alarme face à la multiplication des accidents provoqués par l’absence d’infrastructures adéquates et des voies de déviation devenues dangereuses.

« Plusieurs personnes sont blessées dans des accidents, parce que les routes alternatives sont saturées et instables », déplore l’activiste.

Faute de pont, la traversée de la rivière s’apparente désormais à un parcours du combattant pour les riverains. Chaque jour, des mères de famille, des écoliers et des enseignants se voient obligés de traverser le cours d’eau à pied, s’exposant à de graves risques de noyade ou de maladies.

Face à ce qu’il qualifie de « danger social », Jack Sinzaheza appelle à un sursaut de conscience des décideurs politiques et exige des comptes.

« Nous voulons exactement savoir quand l’entreprise qui construit ce pont va achever l’ouvrage pour permettre la reprise du trafic sur cette route. Dans le cas contraire, nous demandons à la justice d’ouvrir des enquêtes, car il y a trop de légèreté dans ce pays. Notre silence est coupable, voilà pourquoi nous interpellons les autorités », martèle-t-il avec fermeté.

Pour débloquer la situation, les forces vives de la région demandent désormais l’intervention directe de la représentation nationale à Kinshasa. Jack Sinzaheza exhorte les députés à convoquer le ministre des Infrastructures et Travaux Publics (ITPR) afin qu’il s’explique sur les raisons de ce retard flagrant.

« Les députés doivent interpeller le ministre des Infrastructures routières à l’Assemblée nationale. On ne peut pas comprendre comment la construction d’un pont sur une route nationale aussi importante que celle-ci peut s’éterniser sur plus d’une année sans qu’aucune sanction ne soit prise ».

Cette paralysie entraîne des conséquences désastreuses sur le reste du réseau routier de Beni. Les poids lourds, privés de leur itinéraire normal, empruntent des voies secondaires non adaptées. Résultat : les petits ponts de fortune construits par des opérateurs privés ou des communautés locales commencent à céder sous le poids des camions, plongeant la ville dans un isolement infrastructurel encore plus profond.

Cette situation critique avait déjà fait l’objet d’alertes répétées de la part de l’activiste politique Clovis Mutsuva avant son placement en détention. Ce dernier avait directement interpellé le coordonnateur provincial chargé des infrastructures routières. Parallèlement, des soupçons de malversations financières commencent à être évoqués par différentes sources locales pour expliquer le gel du chantier.

La population de Beni attend désormais des réponses claires des autorités nationales et provinciales, sous peine de voir la grogne sociale s’amplifier dans cette région déjà durement éprouvée.

Azarias Mokonzi

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