Silence complice de la communauté internationale: 10 ans de massacres à Beni sous l’emprise des ADF (reportage)
Il y a 10 ans, jour pour jour, débutaient les tueries dans la ville de Beni, au Nord-Kivu, perpétrées par les terroristes islamistes des Forces Démocratiques Alliées (ADF). Depuis lors, cette région est devenue un théâtre de violences, malgré les multiples opérations lancées par l’armée et certaines milices locales communément appelées « Wazalendo ».
Ce mardi 15 octobre 2024, les habitants de Beni se sont souvenus de leurs proches péris dans ces massacres. Malgré ces souffrances répétées, sans vérité, sans justice et sans garantie de réparation, la population en général reste résiliente, le cœur déchiré par ce conflit armé.
Pour rendre hommage aux victimes de cette tragédie, la société civile a organisé une messe œcuménique dans le quartier Ngadi, où les premières violences avaient été enregistrées. Plusieurs personnalités publiques ont pris part à cette activité, qui a rassemblé les membres de la société civile, des groupes de pression, des mouvements citoyens, ainsi que des leaders religieux et des officiels.
Un problème de planification
Cette situation perdure dans la zone, faute d’une planification adéquate des opérations militaires par l’armée et le gouvernement, pense Benjamin Asimoni, président de l’ASBL « Jeunes Patriotes Consolidateurs de la Paix » (JPCP).
« Les opérations militaires ici ont débuté de manière unilatérale. Toute la population civile a été considérée comme milicien Maï-Maï, ce qui a conduit plusieurs jeunes à s’organiser en groupes d’autodéfense. Une réalité qui rattrape aujourd’hui le gouvernement, bien que je n’ai jamais été d’accord avec cela. Il y a eu un problème d’anticipation et de prise en compte des efforts locaux, et les autorités doivent y travailler très dur », a-t-il déclaré, précisant que cette division a profité à l’ennemi et exacerbée la situation.
Il estime par ailleurs que le gouvernement doit activer sa diplomatie pour empêcher le recrutement de ces assaillants dans les pays voisins. Benjamin Asimoni ajoute que cette même stratégie doit être élaborée à l’intérieur du pays pour arrêter des recrutements, même parmi les Congolais, car, dit-il, ce recrutement renforce de plus en plus la capacité de nuisance de l’ennemi et facilite l’infiltration des rebelles au sein de la communauté.
« Le renforcement de la diplomatie nous permettra d’empêcher des recrutements à l’extérieur et, à l’intérieur, des stratégies doivent être peaufinées pour prévenir ce phénomène. Ce qui freine les résultats des opérations militaires, c’est également la diplomatie, qui doit donc être renforcée davantage », a-t-il indiqué en appelant le gouvernement à renforcer la capacité des FARDC en ressources matérielles et à améliorer leur prise en charge.
Des sanctions exigées contre les auteurs
À la suite de l’annonce de la réactivation des enquêtes par la Cour Pénale Internationale (CPI), notre source appelle La Haye à prioriser la région de Beni au début de ces enquêtes. Elle rappelle que le contexte de Beni justifie la compétence de cette juridiction pour sanctionner les auteurs de tueries.
« Ceux qui seront cités et accusés comme présumés auteurs de tous ces actes de crime contre l’humanité et de guerre, ainsi que d’autres violations graves, doivent voir leur dossier traité avec diligence afin d’aboutir à un jugement cohérent avec la gravité de ce que la population a enduré. Cela touchera des hommes politiques, militaires et même certaines populations, car nous nous rappelons encore des procès sans suite. »
De son côté, Fabrice Kamoja du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) exprime une déception totale. Selon lui, aucune mesure sérieuse n’a jamais été prise pour arrêter ces tueries.
« C’est une désolation de notre part. Cela fait longtemps que ces massacres ont commencé, mais aucune mesure n’a jamais été prise pour nous attester des avancées. Au lieu de diminuer, ils s’exacerbent. C’est seulement une partie qui a connu une petite paix, mais le reste de la zone est menacé. Pourquoi commémorer une situation qui ne s’améliore pas ? », s’est-il interrogé.
Plus de 20 000 civils ont déjà péri dans ces violences dans la région de Beni. Ce chiffre, encore estimable et alarmant, concerne uniquement les personnes tuées dans la région de Beni, sans compter les disparus et les biens détruits par ces assaillants.
Azarias Mokonzi