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Tazama RDC

RDC : Entre urnes et rébellion, la tentation des armes guette-t-elle Moïse Katumbi ?

RDC : Entre urnes et rébellion, la tentation des armes guette-t-elle Moïse Katumbi ?

Le débat autour de la révision ou du changement de la Constitution en République Démocratique du Congo devient de plus en plus inquiétant. Alors que le président Félix Tshisekedi et son camp balisent le terrain pour une nouvelle loi fondamentale, la rhétorique au sein d’Ensemble pour la République, le parti de l’opposant Moïse Katumbi, s’éloigne de plus en plus de la lutte purement démocratique et républicaine initialement prônée par sa charte. Entre menaces de sécession, accointances rebelles et allusions directes à la violence, la question d’un basculement vers la lutte armée se pose avec une acuité nouvelle.

Le virage sémantique s’est accéléré à la mi-2026. Le 16 juin Patrick Mundeke, conseiller de Moïse Katumbi, jetait un pavé dans la mare en s’insurgeant violemment contre le projet de changement constitutionnel. Il affirmait alors que les drapeaux d’une « Nouvelle République des Baswahili » ou République de l’Est étaient déjà en cours d’impression. Selon lui, cette entité s’organisait activement pour faire sécession si le pouvoir de Kinshasa persistait à modifier la Constitution.

Plus récemment, face à l’interdiction du ministre de l’Intérieur bloquant le déplacement des opposants à Goma pour y rencontrer Joseph Kabila, le même Patrick Mundeke est monté d’un cran dans la menace. Fustigeant un « rétrécissement de l’espace politique », il a frontalement mis au défi le pouvoir :

« Si vous ne voulez pas de ce dialogue, il vous restera le dialogue des armes et celui-là, vous n’allez pas le gagner ». Un glissement sémantique de la résistance civile vers l’insurrection armée qui passe difficilement pour une initiative isolée.

Au-delà des mots, les faits textuels et les profils de plusieurs cadres d’Ensemble pour la République interrogent sur l’existence de passerelles avec la lutte armée. Le chevauchement des appartenances devient poreux. Plusieurs membres du parti de Katumbi affichent simultanément leur affiliation au Front Révolutionnaire National (FRN).
Les exemples de figures locales à l’Est renforcent cette suspicion. Théo Binamungu, cadre fédéral du parti, a officié comme conseiller politique de Corneille Nangaa avant son arrestation et sa détention à la prison de Munzenze.

C’est également pareil pour Maître Jean-Paul Ngahangondi qui a officialisé en octobre son adhésion à l’aile civile de la rébellion, sans subir la moindre condamnation ou exclusion de la part des instances dirigeantes d’Ensemble pour la République.

Le porte-parole même du gouverneur de la rébellion demeure, à ce jour, répertorié comme membre actif du parti de Moïse Katumbi.

Interrogé par le magazine Jeune Afrique, Moïse Katumbi lui-même adopte une posture qui élude la condamnation ferme de la violence. Face à la crise sécuritaire, l’opposant a esquivé toute condamnation directe du Rwanda et s’est refusé à lier nommément la guerre dans l’Est à Paul Kagame, affirmant « qu’il ne veut pas juger les gens ».

Plus marquant encore, il n’a pas dénoncé les initiatives insurrectionnelles attribuées ou liées à l’environnement de Joseph Kabila, justifiant cette complaisance par le fait qu’ils mènent ensemble une lutte commune contre le changement constitutionnel.

Cependant, plutôt que de revendiquer lui-même la prise d’armes, Katumbi joue la carte de la prophétie autoréalisatrice. Il a averti dans les colonnes de Jeune Afrique que si la Constitution venait à être changée, « d’autres groupes armés vont naître avec l’idée de balkaniser le pays ». Une manière de se déresponsabiliser tout en agitant le spectre du chaos.

Moïse Katumbi va-t-il personnellement prendre le maquis ? Sa stature d’homme d’affaires international et d’acteur politique ancré dans le système légal rend l’hypothèse d’un leadership militaire direct peu probable. En revanche, l’autonomie laissée à ses lieutenants pour flirter avec la rébellion et la rhétorique du « dialogue des armes » indiquent que son camp n’exclut plus de capitaliser sur une déstabilisation militaire à l’Est pour faire plier Kinshasa.

En refusant de condamner les dérives sécessionnistes et les ralliements à la rébellion au sein de ses propres troupes, Moïse Katumbi fragilise la sacrosainte « lutte républicaine » qu’il incarnait. Si le pouvoir de Félix Tshisekedi s’obstine dans sa réécriture constitutionnelle et que l’opposition radicale valide l’option de la violence, la RDC risque de basculer d’une crise politique vers une nouvelle conflagration armée dont le pays n’a pas besoin.

Azarias Mokonzi

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