Passer au contenu principal

Tazama RDC

De Kabila à Tshisekedi : La tentation éternelle du mandat de trop ( Analyse)

De Kabila à Tshisekedi : La tentation éternelle du mandat de trop ( Analyse)

Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, se retrouve au cœur d’une vive controverse après ses récentes déclarations affirmant son désamour vis-à-vis de l’actuelle loi fondamentale. Pour un chef d’État, chaque mot prononcé possède un poids politique et juridique considérable, en particulier dans un climat de suspicion généralisée. Cette posture interroge profondément : comment concilier le serment solennel de respecter et de défendre la Constitution avec le rejet public de ce même texte ?

L’histoire récente de la RDC reste marquée par les grandes mobilisations populaires de 2016. À cette époque, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et les forces vives du Rassemblement se trouvaient en première ligne pour exiger le respect strict de cette même Constitution de 2006, face aux velléités de glissement de l’ancien régime.

Ce rappel historique met en lumière une contradiction politique majeure. Le texte d’aujourd’hui est le même que celui défendu hier au prix de sacrifices humains et politiques. C’est également à travers le cadre légal de cette Constitution que le pouvoir actuel puise sa légitimité institutionnelle et que le chef de l’État a été reconnu président de la République.

La Constitution n’est pas un texte soumis à l’appréciation affective des dirigeants ; elle constitue le pacte social et républicain de la nation. Elle émane de la volonté du peuple et s’impose à tous, à commencer par le premier citoyen du pays.

L’État de droit, historiquement prôné par l’UDPS, repose sur la prévisibilité et la soumission de l’autorité publique à la loi. Exprimer un sentiment de haine ou d’aversion envers la charte suprême fragilise l’édifice institutionnel et sème le doute sur la volonté réelle de garantir la stabilité des institutions.

Pour de nombreux observateurs et opposants, cette soudaine remise en question de la loi fondamentale à l’approche de la fin du second mandat en 2028 n’est pas fortuite.

Les critiques y voient les prémices d’un « forcing » politique visant à faire sauter les verrous constitutionnels notamment l’article 220 qui limite le nombre de mandats présidentiels pour ouvrir la voie à une nouvelle candidature.

La Constitution a précisément pour rôle d’imposer des limites à l’exercice du pouvoir. Vouloir modifier ces règles du jeu en cours de route pour des intérêts perçus comme partisans expose le pays au risque d’une dérive dictatoriale. De la même manière que les tentatives de réécriture ou de contournement du texte sous l’ère précédente ont été vigoureusement condamnées, l’opinion publique et la société civile manifestent aujourd’hui leur rejet de toute démarche similaire.

Le pouvoir politique se heurte ici à la constance de ses propres principes passés. Face aux aspirations démocratiques du peuple congolais, toute tentative de modification constitutionnelle perçue comme un habillage juridique pour un troisième mandat risque de se heurter à la même résistance populaire que celle observée par le passé. Le respect de la Constitution demeure l’unique rempart contre l’instabilité politique.

Azarias Mokonzi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *