RDC : Vague de démissions au PPRD après la création du FRN par Joseph Kabila
Suite à la création à Goma du Front pour la refondation de la nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila, plusieurs figures de proue du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) ont annoncé leur départ et leur désolidarisation de leur formation historique.
Cette annonce intervient après plusieurs mois de controverses intenses sur les liens présumés de l’ancien président avec l’AFC/M23. En février 2026, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président Félix Tshisekedi avait ouvertement accusé son prédécesseur d’être l’éminence grise derrière ce mouvement rebelle.
De son côté, Joseph Kabila avait auparavant rejeté en bloc ces accusations dans les colonnes du New York Times, les qualifiant de « stupidité ». Sa désignation publique et officielle à la tête du FRN donne désormais une nouvelle dimension à ces accusations, bien qu’elle n’établisse pas à elle seule toutes les responsabilités juridiques et opérationnelles évoquées.
Le premier départ majeur est celui de Patrick Nkanga Bekonda, jusque-là figure de proue et rapporteur du Bureau politique du PPRD. Militant de la première heure au sein de cette formation depuis 2006, il a officiellement annoncé le 12 octobre mettre fin à l’ensemble de ses responsabilités.
Invoquant des raisons purement personnelles, il a indiqué vouloir entamer une réflexion profonde en vue de bâtir une nouvelle orientation politique guidée par des valeurs strictement « patriotiques, pacifiques et républicaines », prenant soin de ne pas citer directement le FRN dans son communiqué.
Dans la foulée, Allegra Fosh Ngalula, vice-présidente de la Ligue des jeunes du parti, a elle aussi claqué la porte avec effet immédiat. Dans une correspondance datée du même jour, elle exprime son refus catégorique d’être associée à des initiatives de nature à déstabiliser les institutions légitimes ou à compromettre la paix en République démocratique du Congo.
« Je ne souhaite être associée, directement ou indirectement, à aucune action de cette nature », insiste-t-elle, liant fermement son choix à la préservation de la stabilité nationale.
D’autres personnalités clés de la galaxie kabiliste ont choisi la voie de la démarcation publique. C’est le cas d’Idia Omari, qui a formellement exprimé ses distances vis-à-vis des nouvelles orientations de Joseph Kabila. Sur le réseau social X, il a souligné que « la fidélité à ses convictions impose de se dissocier de certaines orientations et de prendre du recul lorsqu’elles s’éloignent de nos principes », tout en réitérant sa loyauté indéfectible envers le pacte constitutionnel.
Même son de cloche pour le Dr Aristote Ngarime, secrétaire national du PPRD chargé de la communication et des médias, qui rejette catégoriquement le glissement vers la lutte armée opéré depuis le chef-lieu du Nord-Kivu.
« Je reste attaché à la Constitution du 18 février 2006 et aux lois de la République. Je suis contre la rébellion », a-t-il clarifié de manière textuelle.
Enfin, l’ancienne ministre Marie-Ange Mushobekwa a emboîté le pas à ses pairs. Tout en précisant qu’elle demeure ancrée dans l’opposition républicaine à Kinshasa, elle a fermement condamné le choix de la voie armée initiée à Goma.
Cette cascade de démissions isole politiquement la direction du FRN à Kinshasa, traduisant une fracture profonde entre la direction historique du PPRD et la frange de ses cadres restés attachés aux voies démocratiques.
Azarias Mokonzi