Kangbayi : 2 358 détenus pour 250 places, la prison confrontée à une grave pénurie alimentaire
La prison centrale de Kangbayi, située dans la ville de Beni au Nord-Kivu, traverse une crise humanitaire sans précédent. Conçue initialement pour accueillir 250 détenus, la maison d’arrêt héberge désormais 2 358 pensionnaires, soit un taux de surpopulation alarmant de près de 1 000 %.
Cette situation critique a été vigoureusement dénoncée par Maître Pépin Kavotha, président de la société civile de Beni, après une visite d’inspection sur les lieux. Ému et en colère face aux conditions de détention inhumaines, le leader citoyen tire la sonnette d’alarme sur le risque imminent d’une hécatombe.
Lors de son inspection, le président de la société civile a visité les réserves de la prison, trouvant des étagères désespérément vides.
« J’étais entré dans le dépôt et il était vide, il n’y avait rien. Y avait pas de nourriture et les prisonniers crèvent de faim», s’indigne Maître Pépin Kavotha.
Cette rupture totale d’approvisionnement plonge les détenus dans une famine extrême. Selon les témoignages recueillis sur place par la société civile, certains prisonniers ont affirmé avoir passé neuf jours consécutifs sans aucune alimentation.
Privés de nourriture et de soins de base, de nombreux locataires de Kangbayi tombent gravement malades. « Certains m’ont dit avoir passé 9 jours sans manger. Certains tombent malades et d’autres meurent », a-t-il alerté.
La combinaison de la malnutrition sévère et de la promiscuité extrême a transformé la prison en un mouroir. Bien qu’aucun bilan officiel précis n’ait encore été communiqué par les autorités pénitentiaires, la société civile confirme que des prisonniers perdent la vie régulièrement.
« Nous risquons d’observer des décès chaque jour, et il y a des décès, même si nous n’avons pas le chiffre concret », prévient Maître Pépin Kavotha, ajoutant que les prisonniers, désormais « délaissés », ont perdu tout espoir de survie.
Face à ce drame humanitaire qui se joue à huis clos, la société civile de Beni pointe du doigt la responsabilité des institutions et exige des actions immédiates :
« Nous exigeons l’intervention d’urgence de l’État congolais. Le gouvernement central ou provincial, doit assumer ses responsabilités régaliennes en fournissant d’urgence des vivres, des médicaments et une assistance humanitaire à ces concitoyens en détresse. L’appareil judiciaire doit accélérer les procédures, libérer les détenus préventifs dont les dossiers sont mineurs et désengorger la prison pour stopper la propagation des maladies. »
La situation à la prison de Kangbayi interpelle la conscience collective. Au-delà de la privation de liberté, c’est le droit fondamental à la vie et à la dignité humaine qui est aujourd’hui bafoué derrière les barreaux de cette prison du Nord-Kivu.
Azarias Mokonzi