Nord-Kivu : Dans le groupement Malio, huit villages exigent l’électrification avant l’extension du réseau vers Butembo
Huit villages du groupement Malio, dans la chefferie des Bashu, territoire de Beni, montent au créneau pour réclamer leur accès à l’électricité. Kanyatsi, Timbia, Kisungu, Rwahwa, Muhila, Mambale, Butuhe et Malepe ont adressé, les 17 et 18 août 2026, des correspondances collectives à plusieurs sociétés du secteur, dont Congo Full Power.
Au cœur de leur revendication : le paradoxe de voir des lignes électriques traverser leurs localités alors que les populations riveraines restent privées de courant. Les habitants demandent ainsi que leur électrification soit considérée comme une priorité avant toute extension du réseau vers d’autres centres, notamment Butembo.
Les signataires préviennent qu’ils pourraient durcir leur position en l’absence de réponse favorable. Ils estiment que les communautés qui accueillent les infrastructures de production et de transport d’électricité ne devraient pas être laissées à l’écart des bénéfices de ces installations.
La démarche bénéficie du soutien de Me Maombi Kahongya, président de la société civile de la chefferie des Bashu. Il appelle Congo Full Power, REED, SAIBU ainsi que les autres opérateurs présents dans cette partie du Nord-Kivu à répondre en priorité aux besoins énergétiques des villages du groupement Malio.
« Nous sommes entrain d’appeler au bon sens. On peut pas amener le courant à Butembo et laisser la population des zones où proviennent le courant dans le noir. Voilà pourquoi nous appellons à tout cela, que ça soit les frères catholiques, que ça soit Congo Full Pawer ou encore SAIBU trouvent la solution à ce problème. Nous réclamons ce qui nous revient de droit. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons négocier. Nous avons droit à ce courant électrique du fait que Dieu nous a donné les contrées où sont installées les centrales », a-t-il insisté.
La situation est particulièrement difficile à Butuhe, où des infrastructures électriques destinées notamment à l’alimentation de Butembo sont présentes, alors que plusieurs villages environnants restent plongés dans l’obscurité.
À Katasohire, l’unique source d’électricité disponible serait en panne depuis près de six mois, selon des habitants. Cette situation pénalise les petits commerces, les services de proximité et les activités génératrices de revenus.
Le secteur de la communication est également affecté. La Radio communautaire La Voix de Malio ne serait plus en mesure d’émettre normalement. Certains journalistes auraient même été contraints de se consacrer aux travaux champêtres. Pour recharger leurs batteries, des habitants doivent parfois se rendre jusqu’à Butembo.
Germaine Masika, qui cherchait à photocopier des documents à Butuhe, témoigne des difficultés quotidiennes liées à cette situation.
« Les difficultés que nous avons ici à Butuhe c’est le manque du courant. Pour photocopier, nous utilisons des moteurs. C’est devenu malheureusement très cher », explique-t-elle.
Face à l’absence d’un approvisionnement régulier, plusieurs ménages et petits opérateurs se tournent vers les panneaux solaires et les groupes électrogènes. Mais ces solutions restent coûteuses et limitées, notamment pendant les périodes de pluie.
Pour les petits métiers, les conséquences sont immédiates. Mbusa Muhesi Anicet, maître coiffeur à Butuhe, déplore les interruptions de son activité.
« Je suis maître coiffeur. Les difficultés que nous avons, il y a insuffisance du courant. Quand il y a pas de soleil, il y a carence d’énergie et nous sommes obligés de fermer les portes. Notre demande est de nous remettre le courant », a-t-il laissé entendre.
Un journaliste local dénonce également ce qu’il considère comme une situation difficilement compréhensible entre les zones de production et les bénéficiaires du réseau.
« Nous étonnons du fait que le courant Congo Full Pawer est déjà à Butembo alors que le propriétaire nous dit généralement qu’il viendrait avec le courant et qu’ici localement, on bénéficiera », a-t-il déclaré.
Au-delà de l’éclairage des ménages, les habitants considèrent l’électricité comme une condition essentielle au développement économique et social de leurs villages. Commerces, ateliers, salons de coiffure, services administratifs et médias communautaires dépendent tous d’un approvisionnement énergétique stable.
Dans cette partie du territoire de Beni, les infrastructures de Congo Full Power, dont la puissance annoncée est inférieure à un mégawatt, ainsi que celles de la Relance de l’Énergie pour le Développement Durable (REED), sont implantées dans la chefferie des Bashu.
Les habitants du groupement Malio veulent désormais que la présence de ces infrastructures se traduise concrètement par l’accès des communautés locales à l’électricité.
Ils attendent notamment une réponse aux lettres collectives adressées les 17 et 18 août aux sociétés concernées.
Entre-temps, une interconnexion avec l’Énergie du Nord-Kivu (ENK), présentée comme une infrastructure disposant d’une capacité supérieure et alimentant depuis plusieurs années Butembo et Beni, a été signée grâce à la facilitation du gouverneur militaire du Nord-Kivu.
Pour les populations du groupement Malio, une question demeure toutefois centrale : comment étendre davantage le réseau électrique vers Butembo alors que les villages traversés par ces infrastructures continuent, eux, à vivre dans le noir ?