RDC : Les disparités de rémunération des agents publics épinglées dans un nouveau rapport de Congo N’est Pas à Vendre
Les fortes disparités de rémunération dans la fonction publique congolaise et le poids du train de vie des institutions compromettent les investissements destinés au développement du pays. C’est le principal constat présenté ce lundi à Beni par l’organisation Congo Nouveau, membre du consortium Le Congo n’est pas à Vendre (CNPAV), lors de la présentation d’un rapport consacré aux écarts de rémunération des agents publics en République démocratique du Congo.
Présenté devant des journalistes et des acteurs de la société civile à Beni, chef-lieu provisoire des institutions de la province du Nord-Kivu depuis la prise de Goma par les rebelles de l’AFC-M23, le rapport s’appuie notamment sur l’analyse du budget de l’État pour l’exercice 2024.
À l’issue de cette présentation, le directeur de Congo Nouveau, Serge Kambale, a expliqué que les recherches menées révèlent des inégalités salariales particulièrement importantes au sein de l’administration publique.
« Ce rapport concerne les disparités de rémunération des agents publics. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous avons pu constater qu’il y a non seulement des inégalités dans le traitement des agents, mais il y a aussi le train de vie des institutions qui consomme énormément plus de fonds que les investissements. Tout simplement, cela veut dire que l’État, qui emploie beaucoup d’agents, ne les traite pas de la même façon », a-t-il déclaré.
Selon lui, les écarts observés atteignent parfois des niveaux extrêmement élevés.
« Malheureusement, d’après les recherches que nous avons pu faire, il y a des écarts qui sont de l’ordre de mille pour cent. Pour prendre juste un exemple, le directeur général du FONAREV a le salaire de 17 ans d’un professeur d’université. Vous vous imaginez quelqu’un qui peut avoir 48 000 dollars par mois, alors que le professeur d’université ne gagne qu’environ 175 à 180 dollars. C’est juste pour donner un exemple de l’ampleur des disparités », a affirmé Serge Kambale.
Au-delà des rémunérations, le responsable de Congo Nouveau estime que le fonctionnement des institutions absorbe une part excessive des ressources publiques, au détriment des investissements nécessaires au développement du pays.
« Pour parler également du train de vie des institutions, nous trouvons que le budget d’exécution dépasse les 100 %, alors que les recettes ne sont même pas toutes recouvrées. Nous avons une capacité de recouvrement des recettes d’environ 50 %. Par conséquent, les projets de développement et les projets d’investissement en pâtissent », a-t-il expliqué.
S’appuyant sur les chiffres de l’exécution budgétaire de 2024, Serge Kambale a dénoncé un déséquilibre qu’il juge préoccupant entre les dépenses de fonctionnement et celles consacrées au développement.
« En 2024, par exemple, nous avons trouvé que l’exécution de la partie concernant le développement social, les investissements sociaux et le développement n’a été réalisée qu’entre 3 et 12 %, alors que les rémunérations des agents et le fonctionnement sont allés au-delà de 100 % », a laissé entendre le directeur de Congo Nouveau.
À travers ce rapport, l’organisation entend alimenter le débat sur la gouvernance des finances publiques et plaide pour une politique salariale plus équitable ainsi qu’une meilleure orientation des dépenses publiques vers les secteurs productifs et les investissements sociaux.
Franck Kaky